Coupe du monde 2022 : les Iraniens restent muets au moment de leur hymne, en soutien aux victimes des manifestations

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Avant même le coup d’envoi de la rencontre entre l’Angleterre et l’Iran, lundi 21 novembre à Doha, tous les regards étaient braqués vers les joueurs de la Tim-e Melli : les Iraniens allaient-ils afficher leur solidarité avec les victimes des manifestations qui ensanglantent l’Iran depuis plusieurs semaines ?

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La réponse est intervenue peu avant le début du match, au moment où les onze joueurs iraniens présents sur le terrain se sont abstenus de chanter leur hymne national, avant le coup d’envoi de leur premier match du Mondial.

Pendant que l’hymne retentissait dans le stade, les caméras ont brièvement montré le visage d’une spectatrice d’une cinquantaine d’années, voile blanc sur la tête, le visage baigné de larmes. Les joueurs, quant à eux, ont gardé un visage totalement impassible, tandis que sur le banc un membre de la délégation chantait.

« Women, life, freedom » (« femmes, vie, liberté »), pouvait-on lire sur une banderole dans les tribunes occupées par les Iraniens qui, retirée, a vite disparu. Durant la semaine, leur capitaine Alireza Jahanbakhsh avait expliqué que les joueurs décideraient « collectivement » de chanter ou non l’hymne national en signe de soutien aux victimes des manifestations. Il a également expliqué que célébrer ou pas un éventuel but durant la Coupe du monde relèverait d’un choix « personnel ». Diminuée physiquement, la star de l’équipe, Sardar Azmoun, qui a dénoncé la répression sur les réseaux sociaux, ne faisait pas partie du onze de départ.

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Soutien des sportifs iraniens au-delà des terrains

Depuis le début du soulèvement – causé par la mort, le 16 septembre, de la jeune Mahsa Amini, âgée de 22 ans et arrêtée par la police des mœurs à Téhéran pour ne pas avoir respecté le code vestimentaire strict imposé par le régime –, le refus de chanter l’hymne de la République islamique est devenu l’un des leviers les plus spectaculaires utilisés par les sportifs iraniens pour manifester leur soutien au mouvement.

Le 27 septembre, l’équipe nationale de football avait ainsi refusé d’entonner ce chant avant un match amical de préparation à la Coupe du monde disputé en Autriche contre le Sénégal (1-1). Vêtus d’une parka noire dépourvue de tout blason et masquant le logo de leur fédération, les joueurs étaient restés muets, la plupart la tête baissée.

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Ce geste symbolique, parfois couplé au port d’un brassard noir en signe de deuil, a depuis été repris par de nombreux autres sportifs iraniens lors de compétitions à l’étranger.

Le 6 novembre, lors d’un tournoi international de beach soccer à Dubaï, l’un des plus prestigieux de la discipline, l’équipe iranienne a imité la Tim-e Melli, obligeant la télévision d’Etat à couper la retransmission en direct.

En dehors des terrains, de nombreux sportifs, à la retraite ou en activité, ont écrit des messages de soutien aux protestataires sur les réseaux sociaux. L’ancien joueur du Bayern Munich Ali Karimi, qui vit à l’étranger et dont la maison a été confisquée par les autorités, est l’un des plus actifs sur ce sujet. Il a décliné l’invitation de la Fédération internationale de football association (FIFA) et des organisateurs de la Coupe du monde à se rendre au Qatar pour suivre la compétition, tout comme la légende du football iranien Ali Daei.

Le Monde avec AFP

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