Comment l’infiltration de la messagerie Sky ECC a permis un coup de filet inédit contre les mafias balkaniques

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Le tribunal spécialisé dans le crime organisé de Belgrade a été transformé en bunker, protégé par des policiers encagoulés et surarmés. Lundi 7 novembre, on juge dans ce bâtiment anonyme de la capitale serbe plus de 30 membres du clan mafieux le plus dangereux de ces dernières années dans les Balkans, accusés d’avoir commis au moins sept assassinats d’une brutalité sadique. Et tout ce que peut dire leur chef, Veljko Belivuk, alias « Velja Nevolja » (« Velja le problème »), 37 ans, qui comparaît en échangeant des grands rires et des signes codés avec ses compères, a potentiellement de quoi compromettre les dirigeants de ce pays de près de 7 millions d’habitants.

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Au début de son procès, mi-octobre, ce colosse aux yeux ronds, portant un polo trop serré pour son imposante musculature, a nié tous les assassinats dont il est accusé, mais il a assuré avoir effectué différentes opérations d’intimidation pour le compte du parti au pouvoir, le Parti progressiste serbe, dont il était un adhérent. « J’ai dirigé un groupe qui servait les besoins de l’Etat », a déclaré à la barre cet ancien meneur des supporteurs ultras du Partizan, un club de football de Belgrade devenu un repère de la pègre. Il assure, par exemple, avoir envoyé, en 2016, ses gros bras démolir à la masse et à la pelleteuse un vieux quartier de Belgrade, sur demande indirecte du premier ministre d’alors, Aleksandar Vucic, depuis devenu président, qui voulait y mener des grands projets immobiliers.

Des affirmations explosives, immédiatement écartées par le principal concerné. « Je n’ai jamais vu ni entendu parler d’aucun d’entre eux de ma vie, s’est défendu à la télévision M. Vucic, un ancien nationaliste se revendiquant désormais pro-européen, qui domine la vie politique locale depuis 2014. Si c’était le cas, non seulement je ne serais pas président de la Serbie, mais je serais prêt à passer le reste de ma vie en prison. » S’il est difficile de savoir qui dit vrai dans ce trouble jeu où les témoins ont la fâcheuse tendance à se rétracter et où la justice n’a jamais été exemplaire, une chose est sûre : tout ce beau monde, à l’exception notable de M. Vucic, se retrouve en ce moment devant le tribunal grâce à une spectaculaire opération d’infiltration menée par les polices française, belge et néerlandaise.

Un « niveau d’information » jamais obtenu auparavant

Entre fin 2019 et début 2021, les enquêteurs de ces trois pays ont, en effet, réussi à pénétrer un service de messagerie cryptée, appelé Sky ECC. Vendu sur le dark Net, il était particulièrement apprécié des criminels du monde entier, à commencer par les clans balkaniques actifs dans le trafic de drogues et de cigarettes. Désormais entre les mains des forces de l’ordre des pays de la région, les dizaines de millions de messages qui y ont été échangés ont permis de déclencher, ces derniers mois, des coups de filet inédits contre les mafias qui prospèrent depuis trente ans sur les cendres de l’ex-Yougoslavie. Surtout, ces enquêtes ont révélé l’ampleur de la pénétration mafieuse de ces Etats qui aspirent à adhérer, un jour, à l’Union européenne.

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