Au Parlement libanais, le sit-in de deux députés pour réclamer l’élection d’un président

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Depuis le 19 janvier, soit cinq nuits et cinq jours, deux députés, Najat Saliba et Melhem Khalaf, campent dans l’enceinte du Parlement libanais déserté, dans des conditions rudimentaires, sans électricité après 15 heures, et à l’eau froide pour la toilette. Une trentaine de députés sont venus leur manifester leur soutien, certains se relaient pour leur apporter les repas et passer la nuit avec eux.

Par cette démarche inédite – et quelque peu audacieuse – au Liban, les deux élus veulent bousculer les codes du jeu politique, où chaque décision est le fruit de longues tractations entre partis communautaires pour parvenir à un consensus. Ils réclament la fin du blocage autour de l’élection du président, un poste resté vacant depuis le départ du général Michel Aoun, fin octobre 2022.

« Aujourd’hui, le dollar s’échange à 54 000 livres libanaises [contre 1 500 avant la crise]. Cette dévaluation a des conséquences graves sur tous les aspects de la vie et de l’économie. Le peuple souffre et il n’y a personne pour lui répondre. Le Liban n’a ni gouvernement ni président ni Parlement. Le seul devoir du Parlement est d’élire un président, mais on se trouve face à un club de politiciens qui attendent de se partager le pouvoir sur des critères clientélistes et communautaristes », déplore le député Melhem Khalaf, au téléphone depuis l’intérieur du Parlement à Beyrouth. La presse n’a pas été autorisée à y pénétrer.

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Pour ainsi dire maître des lieux après trente années passées à la présidence du Parlement, Nabih Berri n’a jusqu’à présent rien tenté pour déloger les deux élus. Le chef du parti chiite Amal n’est pas pour autant prêt à leur céder : il ne convoquera pas de nouvelle séance pour élire un président tant qu’un accord ne sera pas trouvé en coulisses.

« Les gens font sans [président] : de toute manière, le système est gouverné hors des institutions politiques depuis au moins 2005 », Jamil Mouawad, politologue

Depuis novembre, douze séances ont été organisées sans résultat. Le camp majoritaire, emmené par le mouvement chiite Hezbollah et le parti Amal, vote blanc, à défaut de convaincre son partenaire chrétien, le Courant patriotique libre de Gebran Bassil, d’accepter leur candidat : Sleiman Frangié. Face à eux, l’opposition, qui regroupe les Forces libanaises et Kataëb (chrétiens) et leurs alliés sunnites, n’a pas réuni une majorité suffisante pour faire élire son favori, Michel Moawad.

Avec seulement douze députés sur 129, le camp issu de la « thawra » (la contestation de 2019), dont sont issus Najat Saliba et Melhem Khalaf, pèse peu, d’autant qu’il est miné par les divisions. Le groupe n’a pas réussi à s’entendre sur le nom d’un candidat. Certains de ses membres votent pour Michel Moawad. Les deux élus qui occupent le Parlement ne veulent pas proposer de nom.

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