Au Nicaragua, « l’ensemble de la société civile a été criminalisé »

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Le ton est grave. L’audience du grand amphithéâtre de la Sorbonne, attentive. L’émotion, palpable. « A Managua, à cette heure-ci, il est plus de 10 heures du matin et le soleil brille de tous ses feux, mais la cellule de Dora Maria Tellez, prisonnière politique dans la prison d’El Chipote, se trouve toujours dans la pénombre. » C’est par ces mots que le journaliste nicaraguayen Carlos Fernando Chamorro, directeur du média Confidencial, a commencé son vibrant discours, lundi 28 novembre, à Paris, après avoir reçu au nom de cette infatigable militante pour les droits humains les insignes de docteure honoris causa attribués par la Sorbonne Nouvelle.

Ancienne commandante de la guérilla sandiniste contre la dictature du clan Somoza, ex-compagne d’armes de Daniel Ortega, féministe et historienne, Mme Tellez, 67 ans, est enfermée depuis cinq cent trente-cinq jours, sans possibilité de lire ou d’écrire, pour s’être opposée, là encore, à la dérive dictatoriale du chef de l’Etat au pouvoir entre 1979 et 1990 et depuis 2007. Comme quarante des plus de deux cents prisonniers politiques, elle est détenue à l’isolement.

Ce n’est qu’après quatre-vingt-cinq jours de détention au secret total que cette « guérillera sans peur et opposante sans reproche », comme l’a décrite, dans son éloge, Marie-Laure Geoffray, maîtresse de conférences à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, a pu recevoir la visite de sa famille. « Après avoir passé une heure avec elle, son neveu a été empêché de sortir de la prison et il n’a été libéré que quarante-huit heures plus tard, sans aucune explication », raconte au Monde Carlos Chamorro, lui-même exilé au Costa Rica depuis juin 2021.

« Répression radicale et cruelle »

Au Nicaragua, plus aucun espoir n’est désormais permis. Le petit pays centraméricain a sombré dans un régime de terreur. « Depuis un an, l’ensemble de la société civile a été criminalisé », note Carlos Chamorro qui, en 2021, croyait encore en un combat possible. Plus aujourd’hui : « Donner son opinion suffit à être jeté en prison. »

Lire l’entretien avec Carlos Chamorro de juillet 2021 : Article réservé à nos abonnés « Il est inimaginable que des élections libres et transparentes aient lieu au Nicaragua »

Daniel Ortega a d’abord réprimé dans le sang les manifestations pacifiques qui, en avril 2018, réclamaient son départ, faisant au moins 355 morts. Puis, il a fait voter des lois liberticides, punissant de prison toute critique et empêchant de se présenter à des élections les « traîtres à la patrie ». Parachevant sa décapitation de la contestation, il a fait arrêter sept candidats potentiels à la présidentielle du 7 novembre 2021, dont la sœur de Carlos Chamorro, Cristiana, pressentie comme pouvant unifier l’opposition et vaincre l’autocrate. Ce dernier a été réélu sans surprise.

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