Au Mali, le projet de Constitution concentre les pouvoirs aux mains de la présidence

0
14

La présidence y voit « l’aboutissement d’un processus de renouveau démocratique », cristallisant « l’espoir de la nation tout entière ». Et pourtant, le projet de Constitution du Mali, remis lundi 27 février au colonel Assimi Goïta, chef de l’Etat depuis son double putsch d’août 2020 et de mai 2021, divise la classe politique et la société civile malienne. Consulté par Le Monde, le document de vingt-neuf pages, qui amende un avant-projet de loi fondamentale rendu public en octobre 2022, renforce considérablement les pouvoirs du président.

Si le nouveau texte précise que ce dernier ne peut « en aucun cas » briguer plus de deux mandats, il lui donne la possibilité de prendre des « mesures exceptionnelles » en cas de menace « grave et immédiate » à laquelle aurait à faire face ce pays en proie au terrorisme depuis le début de la guerre, déclenchée au nord en 2012 par une coalition de groupes terroristes et indépendantistes. Dans la nouvelle mouture, le président peut aussi « ordonner la mobilisation générale » des citoyens afin de défendre la patrie « lorsque la situation sécuritaire l’exige ».

Conduite de la politique de la nation à la place du gouvernement, pouvoirs de nomination et de révocation du premier ministre et des ministres, initiative des lois au même titre que les parlementaires, responsabilité du gouvernement devant lui et non plus face à l’Assemblée nationale et enfin, possibilité de dissoudre cette dernière : « l’essentiel des pouvoirs est concentré dans les mains du président », fustige Kassoum Tapo.

Montée de l’influence de Moscou

Pour cet avocat, ancien ministre de l’administration territoriale et membre du Cadre d’échanges, un regroupement de plusieurs partis et coalitions politiques, l’organisation des pouvoirs détaillée dans le projet relève du « grand n’importe quoi ». Les autorités ont « enlevé au gouvernement tous ses pouvoirs », précise-t-il. « Elles oublient qu’une cohabitation est possible, ajoute-t-il. Ce projet a été fait pour contenter la rue. »

Mesure la plus symbolique de ce « populisme » que dénonce Kassoum Tapo, le français perd son statut de « langue d’expression officielle » au profit des nombreuses langues nationales parlées dans le pays et devient une simple « langue de travail ». Une décision révélatrice du divorce avec Paris souhaité par la junte. « Ils veulent transposer dans la Constitution le sentiment antifrançais qui est monté dans la rue. S’ils avaient eu le courage d’aller jusqu’au bout de leur logique, il fallait prendre le russe comme langue officielle », ironise l’avocat, en référence à la montée croissante de l’influence de Moscou dans le pays, depuis l’arrivée au pouvoir des putschistes.

Il vous reste 68.81% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici