Au Brésil, le silence de Jair Bolsonaro et les blocages routiers de ses partisans

0
15

Au Brésil, le président d’extrême droite Jair Bolsonaro restait muré dans son silence, mardi 1er novembre, presque quarante-huit heures après sa défaite face à Luiz Inacio Lula da Silva, qui a reçu de nombreux appels de dirigeants étrangers le félicitant pour son élection.

Alors que le camp de Lula craint que le chef de l’Etat sortant refuse de reconnaître sa défaite, avec des conséquences potentiellement délétères pour la première économie d’Amérique latine, des partisans de M. Bolsonaro bloquent toujours des axes routiers partout à travers le pays.

Lundi, des camionneurs et des manifestants ont commencé à bloquer des autoroutes dans au moins onze Etats du pays, brûlant des pneus et stationnant des véhicules au milieu de la route pour interrompre le trafic. Vêtus du jaune et du vert du drapeau brésilien – que le président sortant a fait sien – ils brandissaient des pancartes pro-Bolsonaro et chantaient l’hymne national, avant d’être progressivement dispersés par les autorités dans certaines régions.

Intensification des blocages

Lundi soir, le juge de la Cour suprême, Alexander de Moraes, a ordonné à la police de lever immédiatement les barrages. Le chef de la police routière fédérale, Cristiano Vasconcellos, a déclaré à la radio CBN que des barrages avaient été dressés « dans tout le Brésil ». Il a ajouté que les forces de l’ordre en avaient dispersé certains, mais a prévenu que la tâche était difficile : « Nous en levons un, et un autre se forme. »

Un blocage de l’autoroute entre Rio de Janeiro et Sao Paulo, le 31 octobre 2022.

De fait, les blocages se sont intensifiés mardi matin. La police routière fédérale rapportait 250 barrages routiers, totaux ou partiels, dans au moins 23 des 27 Etats du Brésil.

A Brasilia, la sécurité a été renforcée « de façon préventive » près de la place des Trois-Pouvoirs, qui rassemble le palais présidentiel, la Cour suprême et le Parlement, en prévision de la possible arrivée de manifestants pro-Bolsonaro. L’accès au principal aéroport du pays, Guarulhos à Sao Paulo, est par ailleurs bloqué et des vols internationaux ont été annulés, selon le correspondant du Monde au Brésil, Bruno Meyerfeld.

Plusieurs routes étaient également bloquées à Sao Paulo, capitale économique brésilienne, notamment celle qui la relie à Rio de Janeiro, empêchant le départ des bus entre les deux villes. Santa Catarina (dans le Sud), où Jair Bolsonaro a remporté près de 70 % des voix, est l’Etat qui connaît le plus important nombre de routes bloquées.

Lire le tchat avec Bruno Meyerfeld : « La courte victoire de Lula sonne comme un avertissement pour la gauche »

Bolsonaro de retour au siège de la présidence, sans commentaire

Après avoir perdu dimanche d’extrême justesse face à Lula (50,9 %, contre 49,1 %), le chef de l’Etat en exercice – jusqu’à la passation des pouvoirs le 1er janvier – s’est isolé dans sa résidence officielle d’Alvorada à Brasilia. Il s’est rendu lundi matin au palais du Planalto, le siège de la présidence, puis est revenu dans l’après-midi dans sa résidence, sans faire la moindre déclaration.

Ce lourd silence, dont Lula avait dit être « inquiet » dès dimanche soir, rappelle à beaucoup de Brésiliens que Jair Bolsonaro a maintes fois menacé de ne pas reconnaître le verdict des urnes s’il perdait. Anticipant déjà des difficultés, Lula a souhaité dimanche que « le gouvernement [sortant] soit civilisé » et comprenne qu’« il est nécessaire de faire une bonne passation des pouvoirs ».

Ce climat d’incertitude s’est reflété dans la volatilité de la Bourse de Sao Paulo, la première place financière d’Amérique latine, qui, après avoir ouvert dans le rouge, a clôturé sur une hausse de 1,36 %, après de nombreuses variations en cours de séance. Le real brésilien a gagné plus de 2 % par rapport au dollar

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Pour gouverner le Brésil, Lula devra négocier et construire des alliances

La victoire de Lula saluée dans le monde

« Si le risque de manifestations à court terme est élevé, celui d’une sérieuse crise institutionnelle est très faible », estimaient toutefois les consultants d’Eurasia Group. La victoire de M. Lula a été saluée dans le monde entier par une avalanche de messages de dirigeants étrangers, de Washington, Londres, Paris, Pékin, Moscou, New Delhi, Buenos Aires à la Commission européenne. Beaucoup ont exprimé leur impatience de renouer des relations solides et productives avec Brasilia, après quatre années d’isolement diplomatique sous Jair Bolsonaro.

De nombreux dirigeants ont saisi l’occasion de rappeler à Lula à quel point le dossier de la protection de l’Amazonie, où la déforestation a battu des records depuis 2019, était prioritaire pour l’avenir de la planète. Principal bailleur de fonds pour la protection de la plus grande forêt tropicale au monde, la Norvège a annoncé le déblocage de ses financements suspendus depuis 2019.

« Le Brésil est prêt à reprendre son leadership dans la lutte contre la crise climatique (…) Le Brésil et la planète ont besoin d’une Amazonie en vie », avait lancé M. Lula dans son discours de victoire. Son gouvernement devra redonner des moyens aux organismes de surveillance de la déforestation en Amazonie, très affaiblis par les coupes dans les crédits, les démembrements et l’impunité totale de toutes sortes de trafiquants.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Election présidentielle au Brésil : la joie des partisans de Lula après la victoire sur le fil de leur champion face à Bolsonaro

Le Monde avec AFP

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici