Au Brésil, Geraldo Alckmin, l’atout droitier de Lula

0
15
Le vice-président élu du Brésil, Geraldo Alckmin, avec Lula, le 10 novembre 2022.

L’image s’est retrouvée, le 3 novembre, à la « une » de tous les médias brésiliens. Celle de Geraldo Alckmin s’avançant fièrement dans le vaste hall d’entrée du palais du Planalto, lieu de travail du chef de l’Etat brésilien à Brasilia. Cravaté de rose, l’air radieux, le nouveau vice-président élu est venu ici donner le départ du processus de transition devant mener au retour au pouvoir de Luiz Inacio Lula da Silva, dont l’investiture aura lieu le 1er janvier 2023.

Geste symbolique autant qu’inattendu : Jair Bolsonaro a alors tenu à saluer personnellement Alckmin, coordinateur officiel de l’équipe de transition. Les deux hommes ont échangé une brève poignée de main au troisième étage du palais, loin des caméras. « S’il te plaît, délivre-nous du communisme ! », aurait supplié le ­président d’extrême droite, avant d’ajouter : « Tu aurais dû être mon “vice” et pas celui de Lula ! »

A Brasilia, Geraldo Alckmin est l’homme du moment, à l’aise comme aucun dans ces négociations de couloirs feutrées. Il ne faut pas se fier à ses faux airs de Jacques Chirac. Alckmin, c’est tout sauf la chaleur humaine. Techno réservé, l’ancien gouverneur de Sao Paulo est connu pour son style oratoire soporifique, surarticulant et détachant chaque syllabe sur un ton monocorde. Histoire d’être compris par tous… au risque d’endormir son auditoire.

« Je ne suis pas un showman ! », reconnaît celui que tout le monde surnomme le « sorbet de chayotte » (picolé de chuchu), du nom d’une insipide cucurbitacée. Sa candidature à la présidentielle de 2018 s’est soldée d’ailleurs par un fiasco intégral : avec 4,76 % des voix, il a offert à son parti (le Parti de la social-démocratie brésilienne, PSDB, droite) le pire score de son histoire. Dans la foulée, Geraldo Alckmin annonçait son retrait de la vie politique et un retour à la médecine, sa formation d’origine.

« A partir de maintenant, tu m’appelles “camarade Lula” et je t’appelle “camarade Alkmin” ! » lui lance Lula le 8 avril

Mais la traversée du désert n’a pas duré. Dès 2021, « Chuchu » est approché par l’équipe de Lula. Face à Jair Bolsonaro, il s’agit d’« unir les divergents », répète le chef du Parti des travailleurs (PT). Le métallo rouge et le techno bleu se complètent à merveille. Ils forment un couple parfait. Le 8 avril 2022, le ticket « Lulackmin » est scellé. « A partir de maintenant, tu m’appelles “camarade Lula” et je t’appelle “camarade Alkmin” ! », lance l’ancien président face à la presse.

« Camarade » ? Le titre colle fort mal à cet homme né il y a soixante-dix ans à Pindamonhangaba, petite cité au nom imprononçable de l’Etat de Sao Paulo. étudiant en médecine, il intègre très jeune le Mouvement démocratique brésilien (MDB), seul parti d’opposition autorisé par la dictature militaire. Sa trajectoire est météorique : il devient successivement conseiller municipal, maire, député, élu à l’Assemblée constituante de la nouvelle république.

Il vous reste 62.41% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici