Après deux ans de guerre en Ethiopie, gouvernement et rebelles du Tigré signent une trêve

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A moins de 48 heures de la date anniversaire du conflit qui les oppose depuis deux ans, le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités rebelles du Tigré ont conclu mercredi 2 novembre à Pretoria un accord de « cessation des hostilités » et de « désarmement méthodique ».

L’accord, publiquement signé par les chefs des deux délégations, prévoit aussi « un rétablissement de l’ordre public, des services (au Tigré), un accès sans entrave des fournitures humanitaires, la protection des civils, entre autres », a énuméré le haut représentant de l’Union africaine (UA) pour la Corne de l’Afrique, l’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo. « Ce moment n’est pas la fin du processus de paix, mais son début. La mise en œuvre de l’accord de paix signé aujourd’hui est essentielle », a-t-il averti.

Les détails des dispositions de l’accord et de sa mise en œuvre n’ont pas été dévoilés dans l’immédiat. Les médiateurs n’ont notamment pas indiqué ce que prévoit l’accord concernant l’intervention au Tigré de l’armée de l’Erythrée voisine, ennemie jurée des dirigeants tigréens, qui épaule l’armée fédérale éthiopienne.

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Une « première étape bienvenue »

Le chef de la délégation du gouvernement éthiopien, Redwan Hussein, conseiller à la sécurité nationale du premier ministre Abiy Ahmed, a salué « l’engagement constructif » des belligérants « pour mettre fin à cet épisode tragique ».

Cet accord montre « la volonté des deux parties de laisser le passé derrière », a estimé Getachew Reda, qui dirigeait la délégation des autorités rebelles du Tigré, disant espérer que « les deux parties respectent leurs engagements ». « Au moment où nous parlons, des milliers de combattants et civils perdent la vie. Il est donc important non seulement de signer cet accord mais aussi qu’il soit immédiatement mis en œuvre », a-t-il ajouté.

Il s’agit d’« une première étape vraiment bienvenue », selon le porte-parole du secrétaire général des Nations unies (ONU) Antonio Guterres. Et « le début d’une nouvelle ère pour l’Ethiopie », selon l’Union africaine.

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L’un des conflits les « plus meurtriers au monde »

Depuis le 24 octobre, les délégations du gouvernement fédéral éthiopien et des autorités rebelles du Tigré ont entamé des pourparlers de paix à Pretoria sous l’égide de l’UA, pour trouver une solution à la guerre qui ravage depuis deux ans le nord du pays.

Pendant les discussions, les combats ont continué au Tigré, où progressent depuis mi-octobre les troupes fédérales éthiopiennes, épaulées par l’armée érythréenne et par les forces et milices des régions de l’Amhara et de l’Afar voisines.

Soutenus par des bombardements d’artillerie et aériens, l’armée éthiopienne et ses alliés se sont emparés récemment de plusieurs villes d’importance de la région rebelle depuis la reprise des combats le 24 août.

La presse n’a pas accès au nord de l’Ethiopie et les communications y fonctionnent de façon aléatoire, rendant impossible toute vérification indépendante. Le bilan du conflit, marqué par d’innombrables exactions et qui se déroule largement à huis clos, est inconnu, mais l’International Crisis Group (ICG) et Amnesty international (AI) le décrivent comme « l’un des plus meurtriers au monde ».

« Toutes les parties se sont rendues responsables de graves violations, dont des crimes de guerre et crimes contre l’humanité, parmi lesquels des exécutions sommaires de centaines de personnes ainsi que des violences sexuelles contre des femmes et des filles », a affirmé mercredi Amnesty international.

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Deux millions de déplacés

La guerre a également provoqué une catastrophe humanitaire dans le nord de l’Ethiopie, déplaçant plus de deux millions d’Ethiopiens et plongeant des centaines de milliers de personnes dans des conditions proches de la famine, selon l’ONU.

Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a vendredi « dressé un tableau très sombre » de la situation au Tigré, quasiment coupée du monde, évoquant notamment « l’obstruction à l’accès à la nourriture, aux médicaments, et à des services de base ».

Le Tigré est largement privé d’électricité, de télécommunications et de services bancaires depuis plus d’un an. La reprise des combats a également interrompu une grande partie de la livraison d’aide humanitaire vers la région, dont la trêve déclarée fin mars avait permis la reprise après trois mois d’une première interruption.

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Le Monde avec AFP

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