Antonio Guterres, un diplomate du climat à la tête des Nations unies

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Les formules chocs sur le climat sont devenues sa marque de fabrique. L’« alerte rouge pour l’humanité », le dérèglement climatique qui atteint « une portée destructrice inouïe » ou la « course contre la montre que l’on est en train de perdre », c’est de lui. Le « carnage climatique », en référence au Pakistan dévasté par les inondations, de lui encore. L’objectif de maintenir le réchauffement à 1,5 °C qui est « sous assistance respiratoire », toujours lui.

A chaque étude scientifique, à chaque déplacement, à chaque rencontre de la communauté internationale, Antonio Guterres n’a de cesse de marteler tant la gravité de la crise climatique que l’urgence à agir. Le monde s’enflamme et les discours du secrétaire général des Nations unies sont devenus incendiaires. Davantage qu’aucun autre haut diplomate avant lui, le Portugais de 73 ans braque les projecteurs sur les dégâts du dérèglement climatique, exhorte les Etats et les entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et désigne les coupables. Depuis sa prise de fonction en janvier 2017, il a fait de cette « bataille pour nos vies » le combat de la sienne.

« Il faut le dire franchement, nous allons vers la catastrophe », déclare-t-il en français depuis New York dans un entretien au Monde, mené en visioconférence. Il aligne, de tête, les chiffres qui témoignent d’une « folie » : nos plans climat, s’ils sont appliqués, feront augmenter les rejets carbonés de 10 % entre 2010 et 2030 alors qu’il faudrait les réduire de 45 % pour espérer maintenir le réchauffement à 1,5 °C, comme le prévoit l’accord de Paris. « C’est suicidaire. Il faut inverser la tendance, sans quoi nous ne pourrons plus garder un monde vivable. La responsabilité incombe aux pays du G20, responsables de 80 % des émissions », assène-t-il, à la veille de la 27e conférence mondiale sur le climat (COP27), qui se tiendra du 6 au 18 novembre, à Charm El-Cheikh, en Egypte.

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Alors que la planète brûle et que les dépenses des ménages s’envolent, l’ancien premier ministre socialiste du Portugal (1995-2002) réitère son appel à taxer les profits « exceptionnels » engendrés par les entreprises des énergies fossiles avec la crise énergétique et la guerre en Ukraine, notamment pour les reverser aux victimes des dégâts du réchauffement.

En juin, dans son style direct qui tranche avec le langage diplomatique classique, il accusait ces industriels du charbon, du pétrole et du gaz − principales causes du dérèglement climatique − de « prendre l’humanité à la gorge ». Ils utilisent les mêmes « techniques scandaleuses » que les industriels du tabac, ajoutait-il, avec un « faux récit visant à minimiser leur responsabilité dans le changement climatique et à saper les politiques climatiques ambitieuses ».

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