Alberto Manguel, l’homme aux 40 000 livres

0
33

Des cartons, des cartons et encore des cartons : une montagne de livres, plus de 40 000, entassés dans 800 boîtes de déménagement remplies à ras bord, au rez-de-chaussée d’un bâtiment moderne de Lisbonne. Voilà à quoi ressemble aujourd’hui la prodigieuse bibliothèque de l’écrivain argento-canadien Alberto Manguel. Des simples poches aux ouvrages de bibliophile, on trouve de tout et dans toutes les langues, derrière les murs jaune citron de cet ancien centre d’archives du quartier populaire de Penha de França. Au hasard des emballages déjà ouverts, une pile de vieux polars, deux gros volumes d’Aldous Huxley en anglais, Le Tasse et ses poèmes en italien, Saramago, Goethe ou Eloge de l’oisiveté, de Stevenson. Sans compter ceux qu’on ne voit pas, comme les nombreux textes concernant l’étude de la lecture.

Empilés, ces ouvrages formeraient une tour de Babel, reflet des curiosités de leur propriétaire. Une œuvre, en quelque sorte, construite par un écrivain promeneur qui voue, depuis longtemps, un intérêt passionné aux livres et à l’acte de lire. Auteur, notamment, d’Une histoire de la lecture, prix Médicis 1998, Alberto Manguel est un essayiste et romancier d’une curiosité infinie. Après avoir baladé cet encombrant trésor à travers le monde, il a pourtant pris une décision radicale. Nécessité faisant loi, compte tenu du volume vertigineux de sa collection, cet érudit de 74 ans a décidé d’en faire don à la capitale portugaise.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés La bibliothèque, miroir de notre intimité

En réalité, l’offre est venue de la municipalité elle-même, raconte-t-il, dans le salon silencieux de son appartement lisboète. Après le Mexique ou Istanbul et même un village des environs de Naples, Lisbonne lui propose d’accueillir ses livres, en février 2020. C’est peu dire que l’invitation tombe à pic. Car, depuis des années déjà, la bibliothèque dort dans les fameux cartons, eux-mêmes entreposés à l’abri d’un hangar de Montréal. Paradoxalement, cet homme dont les livres sont, à l’entendre, la « partie la plus intime » de lui-même a rarement eu l’occasion de cohabiter avec la totalité de sa collection.

Né en Argentine et tôt émigré en Europe, il a pourtant « toujours eu des bibliothèques », même enfant. Seulement, les livres ne se transportent pas comme de simples chemises. Jusqu’au début des années 2000, l’écrivain a donc joué les Petit Poucet, laissant derrière lui les volumes glanés ici et là, au gré de ses pérégrinations. « J’en avais partout, au Canada, en Argentine, en Angleterre, en Italie, à Paris et même à Tahiti. » Chaque fois, ses nouvelles acquisitions sont stockées dans des nids de fortune.

Il vous reste 77.07% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici