Accusations contre TotalEnergies : “Les révélations sont choquantes”, accuse Manon Aubry – 25/08/2022 à 11:37

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La députée europénne LFI Manon Aubry à Strasbourg le 19 janvier. ( POOL / BERTRAND GUAY )

Après les révélations du Monde et d’une ONG, TotalEnergies a démenti, réfutant “catégoriquement l’ensemble des allégations infondées qui sont faites dans cet article”, déplorant des “erreurs, raccourcis, et contre-vérités”, a dit le groupe.

Des accusations qui ne passent pas. Selon

Le Monde

mercredi 24 août, le gaz sibérien produit par une entreprise codétenue par TotalEnergies aurait permis de

fabriquer du carburant destiné à alimenter des avions de guerre russes

engagés dans le conflit en Ukraine. Le journal se base sur plusieurs documents et une enquête de l’ONG Global Witness.

La députée europénne LFI Manon Aubry a vivement réagi ce jeudi, au micro de

France Info.


“Les révélations sont choquantes”,

a-t-elle fustigé. “On savait déjà que Total faisait des profits record sur le dos des automobilistes obligés d’utiliser leur voiture et payer une essence hors de prix, mais là, on est à un niveau encore au-dessus : on a une entreprise française qui est

devenue le complice indirect d’une guerre meurtrière

et qui, pour quelques euros de bénéfices supplémentaires, alimente des crimes de guerre et fait des bénéfices, littéralement, sur des cadavres”, a accusé Manon Aubry.

“Aujourd’hui, l’entreprise Total ne peut plus fermer les yeux,

la France ne peut plus fermer les yeux”,

a-t-elle martelé.

Puis de poursuivre : “Le gouvernement français doit aussi avoir une prise de parole. Il est si prompt à supplier Total de baisser le prix des hydrocarbures, du pétrole et de l’essence en France, mais

ferme complètement les yeux sur ces crimes de guerre

qui sont réalisés en Ukraine avec une participation indirecte de Total.”

“Non, TotalEnergies ne produit pas de kérosène pour l’armée russe”

Selon ces révélations, le champ gazier russe de Termokarstovoïe exploité par

l’entreprise Terneftegaz – codétenue par le groupe français à 49%

avec le russe Novatek (51%)- a fourni du condensat de gaz à une raffinerie proche d’Omsk, qui en a fait du carburant, lequel a ensuite été expédié pour alimenter les avions russes au moins jusqu’en juillet. Ces conclusions se basent notamment sur des données de la base Refinitiv, permettant de retracer la chaîne d’approvisionnement, appuyées par des images satellite.

Selon elles, les expéditions de Terneftegaz ont représenté

plus de 8%

de la matière première réceptionnée à Omsk en Russie depuis l’invasion de l’Ukraine. L’ONG a ensuite recensé “des centaines d’expéditions de carburéacteur de la raffinerie d’Omsk vers des bases de l’armée de l’air russe près de l’Ukraine”.


Quelque 40.000 tonnes de carburéacteur (kérosène)

ont ainsi été expédiées d’Omsk aux bases de chasseurs-bombardiers Sukhoi à Morozovsk et Voronezh, du 13 février et jusqu’en juillet, selon cette analyse des données de Refinitiv. Aucune des deux bases n’avait reçu de carburant de la raffinerie depuis 2017, ajoute Global Witness.

“Non, TotalEnergies ne produit pas de kérosène pour l’armée russe”, a réagi mercredi le groupe dans un communiqué.

“TotalEnergies réfute catégoriquement

l’ensemble des allégations infondées qui sont faites dans cet article”, déplorant

des “erreurs, raccourcis, et contre-vérités”,

dit le groupe.

TotalEnergies menace de recourir à la justice

L’entreprise explique au

Monde

que Novatek est l’opérateur des installations de la coentreprise et qu’elle n’en perçoit pas de dividende depuis février 2022.

“TotalEnergies ne participe pas

aux décisions de valorisation des condensats par Novatek”, ajoute le groupe.

“Entreprise privée indépendante”,

Novatek est détenu à 19,4% par TotalEnergies,

qui dit ne disposer “ni d’information sur les ventes qui sont faites de manière indépendante par Novatek sur le marché russe, ni de contrôle sur ses ventes”.

Interrogé sur sa capacité à contrôler une coentreprise qu’il détient à 49%, le groupe admet que “les seuils de majorité dépendent de la nature des décisions”. Mais les activités de la coentreprise “ne relèvent pas du Conseil d’administration, mais de la direction générale”, explique encore l’ex-Total.

Dans son communiqué mercredi, il

menace de recourir à la justice :

“TotalEnergies répondra point par point à cet article et se réserve le droit d’engager toute action judiciaire appropriée pour assurer la protection de ses intérêts et de sa réputation”.

Pour Louis Goddard, responsable des enquêtes data de Global Witness, TotalEnergies “affirme que sa production n’a aucun rapport avec les opérations militaires russes, mais cet argument ne tient plus.

Total doit jouer franc jeu”.

Après l’invasion russe de l’Ukraine, TotalEnergies a annoncé notamment qu’il n’investirait plus dans de nouveaux projets en Russie, mais il y

maintient encore des activités,

concentrées essentiellement autour du gaz liquéfié venu de Yamal LNG.

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