A Hongkong, le rôle-clé des tribunaux dans la mise au pas politique

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Dans les étages du tribunal de West Kowloon, au dernier rang de la très moderne cour n°3, le cardinal Zen, 90 ans, est à nouveau sur le banc des accusés, mardi 1er novembre. Il lutte contre la fatigue des interminables audiences de ce nouveau procès. Le vieil ecclésiastique, l’homme d’Eglise le plus connu de Hongkong, est entouré de ses quatre coinculpés.

Côte à côte se tiennent la célèbre avocate des droits de l’homme et ancienne députée Margaret Ng, 74 ans, cheveux gris coupés court et lunettes rondes noires, l’ancienne députée Cyd Ho, 68 ans, récemment sortie de prison, l’éminent sociologue Hui Po-keung, 62 ans, qui avait été arrêté à l’aéroport en mai alors qu’il s’apprêtait à prendre un nouveau poste universitaire en Italie, et la star de canto-pop et icône de la communauté LGBT Denise Ho, 45 ans, une des rares artistes à avoir osé s’engager publiquement pour le mouvement prodémocratie.

Ils sont séparés de la magistrate principale Ada Yim par quelques rangées de bureaux occupés par les avocats, les procureurs, les greffiers, et autant d’écrans anti-Covid en Plexiglas. Leur procès, qui touche à sa fin, porte sur le statut du « Fonds 612 », un fonds humanitaire dont ils sont les cinq coadministrateurs, créé pour soutenir financièrement les manifestants arrêtés pendant l’été 2019. « 612 » fait référence au 12 juin 2019, date des premiers heurts violents avec la police. Des manifestations, d’abord pacifiques, contre un projet de loi d’extradition vers la Chine qui s’étaient transformées en émeutes antigouvernementales. Au total, plus de 10 000 interpellations avaient eu lieu.

Lois coloniales vieilles d’un demi-siècle

Inauguré en 2016, l’immense palais de justice de West Kowloon est surnommé le « méga-tribunal ». À l’époque, le gouvernement était soucieux de faciliter l’accès du public et des médias aux procès importants et d’offrir à la justice de la région administrative spéciale des moyens à la hauteur de sa réputation. Cette justice, indépendante du système chinois, fondée sur la common law (le système juridique qui prévaut dans les pays anglo-saxons) et rendue par des juges locaux et internationaux, était le principal pilier de l’excellente réputation internationale de Hongkong. Personne n’imaginait alors le rôle qui lui serait confié quelques années plus tard.

Depuis juin 2020 et l’entrée en vigueur de la loi de sécurité nationale (LSN) imposée par Pékin, le système judiciaire et la mission des tribunaux ont été totalement transformés. Les crimes de sécession, subversion, terrorisme et complot avec des forces étrangères, remis en vigueur, conduisent désormais à des peines allant jusqu’à la perpétuité : le gouvernement a dépoussiéré d’anciennes lois coloniales vieilles de plus d’un demi-siècle, notamment antisédition, qui se révèlent soudain très utiles. L’actuelle mise au pas politique de la région administrative spéciale passe, en silence et avec un vernis de légalité, par les tribunaux.

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