« A chaque contestation, la République islamique n’a qu’une réponse : elle tue »

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Deux journalistes iraniennes, Niloofar Hamedi et Elaheh Mohammadi, l’une et l’autre âgées d’une vingtaine d’années, risquent la prison à vie. Leur crime ? Elles ont été parmi les premières à raconter l’histoire de Mahsa Amini – cette autre jeune femme de 22 ans morte le 16 septembre pour port de voile « inapproprié » en République islamique.

Les deux journalistes ont été accusées, il y a quelques jours, de travailler pour la CIA, c’est-à-dire d’être des espionnes à la solde des Etats-Unis, l’ennemi numéro un de la théocratie iranienne. L’absurdité du chef d’inculpation en dit long sur la panique et le désir de vengeance éprouvés au cœur du régime. Comme à chaque difficulté intérieure, on ressort le discours éculé de la manipulation extérieure. La révolte provoquée par la mort de Mahsa Amini n’a pas fini de secouer la République islamique – et de révéler la vraie nature de ce régime.

Parce qu’une mèche de cheveux dépassait de son voile, Mahsa, visitant Téhéran avec ses parents, a été arrêtée par « la police de la moralité » le 13 septembre. Détenue trois jours durant, elle ne survivra pas au sort qui lui a été réservé. Transportée dans un coma profond à l’hôpital, elle meurt le 16 septembre.

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Près de 300 morts

Depuis, l’Iran est en ébullition. D’une ville à l’autre de ce vaste pays de 85 millions d’habitants, le régime est défié – quotidiennement. La jeunesse, scolaire et universitaire, est dans la rue, face à la machine répressive de la théocratie au pouvoir. Avec la sympathie d’une bonne partie de l’opinion, le mouvement dure depuis bientôt six semaines – manifestations répétées de jour en jour. La République islamique a rarement connu contestation aussi longue.

Elle affronte une révolte contre la grisaille imposée d’un ordre « islamique » qui oblige les femmes à porter un voile, d’une certaine façon et pas d’une autre. Au péril de leur vie, les Iraniennes brûlent, arrachent, déchirent ce voile obligatoire. Le pouvoir réplique comme il l’a toujours fait – en réprimant : à ce jour, près de 300 morts, dont une vingtaine d’adolescents ; des milliers de blessés ; quelque 14 000 arrestations.

Il y a beau temps que la République islamique, née de la révolution de 1979, a perdu toute l’originalité d’un régime qui, exception dans la région, laissait, à ses débuts, une marge au débat politique. Au fil des ans, des épreuves et des guerres (souvent imposées par l’extérieur, il est vrai), la République islamique est devenue une tyrannie militaire. 1999, 2009, 2017, 2019, à chaque contestation – politique, économique ou sociale – elle n’a qu’une réponse : elle tue. Dans les colonnes de notre confrère Le 1, le politologue Farhad Khosrokhavar parle de « thanatocratie » : un régime qui « entend régner par la mort et par la peur des mises à mort ».

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