A Bruxelles, le jury populaire du procès des attentats de 2016 a été difficilement constitué

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Ils étaient 1 000 au départ ; 339 avaient obtenu une dispense d’office. Tous les autres étaient répartis dans neuf salles du Justitia, l’ancien siège de l’OTAN transformé en palais de justice « bis », à Bruxelles, mercredi 30 novembre. Dans cette foule, il fallait trouver les douze membres et les vingt-quatre suppléants du jury populaire qui sera appelé à se prononcer sur la culpabilité des dix accusés, dans le procès du double attentat qui causa la mort de trente-deux personnes et en blessa trois-cent-quarante le 22 mars 2016, à l’aéroport de Bruxelles et dans le métro de la capitale belge.

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Cette fois, Salah Abdeslam et ses comparses ne seront plus enfermés dans les boxes individuels et totalement vitrés dont la présidente, Laurence Massart, cédant à l’instance des avocats et contredisant le parquet fédéral, avait ordonné le démontage en septembre, lors d’audiences préliminaires.

Aujourd’hui, Mme Massart affronte une autre difficulté : convaincre des citoyens que siéger durant six à neuf mois – la durée estimée de ce procès – relève d’un indispensable « exercice démocratique ». « Bien des jurés que j’ai connus ont été ravis d’y participer », assure-t-elle. Confrontée durant une dizaine d’heures au défilé des jurés potentiels qui, un à un, défilaient, la présidente aura constaté que son message ne convainquait qu’une minorité d’entre eux.

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« Je suis allergique au lactose »

La confrontation a été très révélatrice, mêlant vraies difficultés sociales (les enfants à garder faute de places en crèche, les parents malades à soigner, les employeurs qui menacent de licencier, de fragiles statuts d’indépendant menacés par la crise…), d’innombrables problèmes de santé (réels ou visiblement fictifs) et des situations que la justice appréhende avec difficulté : une mère célibataire ignorant qui pourrait s’occuper toute la journée des enfants que leur père néglige, un père qui souligne que son assurance-vie protégerait sa famille s’il devait décéder mais ne couvrirait pas une présence obligatoire à ce procès qui entraînerait, pour lui, la perte de son unique client. Et sa faillite.

Certains ont simplement peur, comme cette dame qui fond en larmes devant les magistrats. D’autres tentent le tout pour le tout pour se faire exempter : « J’ai eu une relation très proche avec un des avocats présents », dit l’une. « Je suis asthmatique, je suis allergique au lactose, au fructose, au gluten », souligne un autre.

Un quidam arrive un casque sur les oreilles, affirmant ne comprendre que le néerlandais, alors que sa mairie l’a renseigné comme francophone. « Mon jugement est déjà fait, il leur faut une condamnation à vie », essaye un autre en montrant les accusés, encadrés par des policiers masqués. « Ce sont des propos de comptoir, s’insurge la présidente. Quand on entre dans un dossier, les choses changent et on écoute les éléments à charge et à décharge. »

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