A Birmingham, le Parti conservateur britannique affiche ouvertement ses divisions

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Une ministre de l’intérieur, Suella Braverman, qui accuse les députés de son propre camp conservateur d’un « coup » contre la première ministre britannique, Liz Truss. Un chancelier de l’échiquier, Kwasi Kwarteng, qui, à bout d’arguments pour justifier la réception catastrophique de son « mini-budget » par les marchés, évoque son manque de préparation lié aux funérailles de la reine. Une ministre clé du gouvernement, Penny Mordaunt, qui rompt les rangs et critique ouvertement Downing Street. Michael Gove, Grant Shapps où Priti Patel, des ex-ministres de Boris Johnson qui multiplient aussi les piques contre Mme Truss, comme s’ils étaient déjà en campagne. Et cette dernière qui enchaîne les interviews avec le sourire même si elle a déjà perdu beaucoup d’autorité, après avoir assuré être « prête à être impopulaire » pour « prendre des décisions difficiles » – à l’instar de son idole Magareth Thatcher –, mais a renoncé, en quelques heures, à la suppression du taux d’imposition des revenus à 45 % (un cadeau pour les ménages les plus riches).

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On pourrait allonger la liste des épisodes tragicomiques ayant ponctué la conférence des conservateurs, qui s’est achevée, mercredi 5 octobre, à Birmingham. Le parti de la droite britannique a donné un spectacle édifiant : celui d’une formation au bord de l’implosion, en guerre ouverte contre un gouvernement formé il y a tout juste un mois mais semblant déjà moribond, où les propos choquants le disputaient à l’incompétence. Jacob Rees-Mogg, le ministre de l’industrie, traite ainsi de « luddites » (en référence aux ouvriers qui cassaient les machines industrielles pour protester contre le chômage au début du XIXsiècle) les nombreux opposants à la fracturation hydraulique et les accusent d’être « financés par le régime de Poutine ». Suella Braverman assure que « son rêve », ce sont des avions plein de demandeurs d’asile en détresse décollant pour le Rwanda.

Comment la formation de Benjamin Disraeli et de Winston Churchill a-t-elle pu en arriver à dévorer ses propres dirigeants – Theresa May a tenu trois ans, Boris Johnson à peine plus – et à donner les clés du pouvoir à des dogmatiques du marché libre ou à des extrémistes de droite ?

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Vision simpliste de l’économie

L’usure du pouvoir y a sa part : après douze ans à la direction du pays et avec un bilan très médiocre, les tories ne parviennent plus à se renouveler. Les années d’austérité du gouvernement Cameron ont creusé les inégalités – accès à l’éducation, à la santé, une pauvreté infantile très élevée (27 % des enfants vivent dans un foyer classé comme pauvre), un recours croissant aux banques alimentaires (le gros réseau Trussell Trust a distribué 50 % de lots de nourriture en plus ces derniers mois qu’avant la pandémie). L’hôpital public n’arrive plus à faire face et la croissance économique reste molle, avec des salaires réels qui stagnent depuis dix ans. Les conservateurs ont de plus en plus de mal à mettre ces échecs sur le compte des travaillistes, qui ne sont plus aux affaires depuis 2010, ou sur celui de l’Union européenne (UE) – le Brexit est effectif depuis janvier 2021.

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