A Bangkok, le quartier de Patpong, ses espions et son « serpent »

0
21

LETTRE DE BANGKOK

Signe des temps, Patpong, le quartier de bars à filles de Bangkok, a désormais son musée. Car les trois ruelles du lieu emblématique du « gogo bar » ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes : des enseignes pendouillent çà et là de façades rongées par l’humidité. Le Madrid Bar est barricadé. Un sans-logis a déposé sa natte devant le rideau de fer du Glamour. Patpong, comateux, ne s’est pas remis du Covid-19. Des chantiers de grands magasins à proximité menacent sa survie. Le Patpong Museum, qui avait ouvert en octobre 2019, juste avant le Covid-19, et avait été moins touché que les débits de boissons par les règles sanitaires, en est souvent la seule animation.

Le musée est l’idée d’un Autrichien, Michael Messner, débarqué à Bangkok en 2001 à 22 ans. Il y a ouvert plusieurs bars sous l’aile du parrain du quartier, un protégé de hauts gradés de l’armée. Le modèle économique de la prostitution à Patpong a prospéré grâce à une zone grise de la loi : les filles font consommer des verres au client, qui paie un forfait au bar s’il part avec la demoiselle. Libre à elles ensuite de négocier avec lui ses tarifs en toute discrétion. Les pas-de-porte sont souvent vendus, à prix d’or, à des étrangers. Le quadragénaire autrichien a gardé des parts dans l’industrie de la nuit, mais le Covid-19 a fini de le décider de se consacrer à sa passion : l’histoire de Patpong, ces quelques rues toujours propriété privée de la famille du même nom. Son musée rassemble des milliers d’archives, de photos et d’objets.

Tout commence avec un jeune Chinois, Tun Poon, arrivé de Hainan à la fin du XIXe siècle. Il reprend à une parente de Bangkok son négoce de riz, et fait fortune en récupérant chez les paysans un dérivé de la balle de riz, qui sert dans l’industrie alors en plein essor du ciment. Son ingéniosité est récompensée par le roi Rama VII : il l’anoblit en 1927 sous le nom de Patpongpanich – abrégé en Patpong.

Envoyés aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale, ses fils y ont rejoint le mouvement de résistance thaïlandais en exil contre l’occupant japonais. Ils sont formés par le Bureau des services stratégiques américain, devenu la CIA en 1947. Ils reviennent en Thaïlande en 1945 en passant par le Sri Lanka accompagné d’un officier américain du renseignement, un certain Jim Thomson – qui officiera à Bangkok sous la couverture de directeur d’hôtel et d’entrepreneur de la soie, jusqu’à sa disparition mystérieuse en 1967.

Avec la guerre du Vietnam, Patpong s’encanaille

Il vous reste 63.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici