dimanche, février 1

Dans la prestigieuse université Texas A&M (TAMU), le professeur de philosophie Martin Peterson a été sommé de retirer des lectures platoniciennes [Platon est un philosophe grec de l’Antiquité] d’un cours de tronc commun, au motif qu’elles pourraient relever de la « race and gender ideology » (« idéologie de la race et du genre »), dans le cadre d’une politique de contrôle des contenus.

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Interdire, ici, ce n’est pas brûler un livre. C’est déplacer la frontière du dicible à l’intérieur de la salle de classe : d’un côté, « protéger » des étudiants d’une supposée « idéologie » ; de l’autre, empêcher l’étude d’un texte fondateur de la philosophie sous prétexte qu’il expose, parmi d’autres choses, des questions de sexe, de genre, de désir. La querelle porte donc sur le sens même de l’enseignement : transmission de normes, ou apprentissage des méthodes qui permettent de les discuter ?

L’association PEN America, qui promeut la liberté d’expression, la littérature et les droits humains aux Etats-Unis, recense 10 046 opérations de mise au ban de livres à l’école aux Etats-Unis en 2023-2024, visant 4 231 titres distincts ; et 6 870 mises au ban en 2024-2025, dans 23 Etats, la Floride et le Texas figurant parmi les principaux foyers.

On comprend mieux la dynamique de censure si l’on remonte ses étapes. A partir de 2021, des polémiques locales sur certains cours ou livres deviennent une stratégie politique à l’échelle nationale, portée et amplifiée par les réseaux sociaux. En 2023-2024, les retraits de livres atteignent un niveau record et finissent par s’installer dans les habitudes, selon PEN America. Enfin, en novembre 2025, le Board of Regents (« conseil des régents ») de TAMU adopte une règle qui impose l’accord des présidents de campus pour tout cours susceptible d’être interprété comme « promouvant » des thèmes liés à la race, au genre, à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.

La grammaire du débat public

La mécanique que l’on observe est connue : quand la norme est floue, la peur s’installe. Une catégorie administrative volontairement très large (l’« idéologie ») devient un redoutable filtre pédagogique ; l’université surcorrige pour éviter la polémique ; les enseignants pratiquent l’autocensure. Le site d’information Texas Tribune souligne bien qu’aucune loi étatique ou fédérale n’interdit de parler de race, de genre ou de sexualité en cours à l’université, tout en notant le durcissement des contrôles académiques après la controverse sur Platon.

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