vendredi, août 28

« L’enquête progresse »: ce sont les mots de Gérald Darmanin, le ministre de la Justice lors de son déplacement à Alès, le 13 août dernier. Mais alors sur quelles pistes travaillent les enquêteurs?

Selon nos informations, les enquêteurs privilégient à ce stade la piste d’une « récupération du label « DZ Mafia » » alors que des « faits de menaces accompagnées de revendications affiliées à la DZ mafia » avaient été constatés au domicile du maire d’Alès, le 16 juillet dernier.

« On s’oriente à ce stade vers l’hypothèse d’une récupération du label « DZ MAFIA », ce qui ne serait pas une première », confie une source proche de l’enquête à BFMTV.

Mais qui se cache derrière ces menaces?

« La piste de trafiquants locaux est sur la table mais seules les investigations futures pourront déterminer cela avec certitude », confie cette même source proche de l’enquête à BFMTV.

Selon le dernier rapport du SIRASCO en avril 2026 sur « l’état de la menace sur la criminalité organisée » en France et que BFMTV a pu consulter:

« La récupération du label « DZ Mafia », qui s’est imposé comme une référence majeure dans le narcobanditisme, par des individus ou groupes sans lien avec elle a été constatée à plusieurs reprises. Ces derniers cherchent alors à bénéficier de sa notoriété ou de la crainte qu’elle inspire. »

À ce jour, aucune interpellation n’a été réalisée dans cette affaire, a appris BFMTV de sources concordantes.

Des menaces tout au long de l’été contre le maire d’Alès

Le 16 juillet dernier, des premières menaces accompagnées de revendications affiliées à la DZ mafia avaient été constatées au domicile de l’élu, avec notamment la découverte de deux munitions de calibre 9 mm et d’inscriptions apposées sur le mur d’enceinte de son domicile: « DZNG » [DZ Mafia nouvelle génération NDLR], « CVN » [Quartier Cévennes à Ales repris par la DZ Mafia NDLR], « FDP » ou encore « NTM ».

Dans la nuit du 20 au 21 juillet 2026, de nouvelles menaces ont conduit à l’exfiltration par le RAID de Christophe Rivenq alors qu’il se trouvait à son domicile avec son épouse. « Un projet d’action violente pouvait être en préparation contre le maire d’Alès », affirmait alors Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, le 21 juillet dernier depuis l’Assemblée nationale.

Depuis cette exfiltration, Christophe Rivenq est placé sous protection policière 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

La DZ Mafia avait assuré ne pas être à l’origine des faits

De plus, des personnes se revendiquant de la DZ Mafia « condamnent » les menaces contre le maire d’Alès et nient toute implication. C’est une vidéo sidérante que BFMTV révélait le 22 juillet dernier. Vidéo dans laquelle une personne tout de noir vêtue et encagoulée prend la parole devant un drap blanc sur lequel est inscrit « DZ Mafia » en scotch noir, avec un drapeau algérien également scotché sur une table.

Ce porte-parole est entouré par cinq autres personnes, et lit un texte face à une caméra: « Nous attirons votre attention dans le cadre d’une affaire assez grave qui encore une fois met le nom de la DZ en avant. Il y a quelques jours de cela un maire a été victime de menaces et d’intimidation, un acte lâche et odieux. »

« Nous condamnons fermement cet acte et nous ne sommes en aucun cas responsables de cet acte criminel méritant d’être condamné de la plus cruelle et stricte manière […] Pourquoi nous cherchons à menacer un quelconque maire ? Qu’avons-nous à y gagner? Et d’autant plus laisser notre signature en écrivant DZ, autant laisser une pièce d’identité », poursuit-il.

Selon une source proche du dossier à BFMTV, cette vidéo est alors jugée « crédible », tout d’abord car « le mode de présentation est identique » à la première vidéo de la DZ Mafia diffusée le 9 octobre 2024 « qui avait été organisée par les leaders historiques de la DZ ».

Le Parquet national anticriminalité organisée avait été « informé » de cette vidéo au moment de sa diffusion.

Une enquête préliminaire toujours en cours

Dès le 21 juillet dernier, le parquet national anticriminalité organisée (PNACO) s’est saisi « l’ensemble des faits de menaces dont a été victime Monsieur Christophe RIVENQ, maire de la commune d’Alès. »

Joint par BFMTV, le 20 août dernier, le PNACO indique travailler « sur plusieurs perspectives ».

Les investigations se poursuivent actuellement dans le cadre d’une enquête préliminaire, elles ont été confiées à la direction nationale de la police judiciaire (DNPJ), et notamment à l’office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), ainsi qu’aux directions zonales de la Police nationale (DZPN).

Une « lutte des territoires » à Alès

À Alès, commune du Gard qui compte 46.000 habitants, il existe une « lutte des territoires » entre deux quartiers gangrenés par le trafic de stupéfiants: le quartier des Cévennes et le quartier des Près-Saint-Jean.

Le trafic de stupéfiants aux Cévennes est piloté depuis plusieurs mois par la « DZNG » [DZ Mafia Nouvelle Génération NDLR], un nouveau groupe issu d’une scission au sein même de la DZ Mafia.

« À l’heure actuelle, la DZ Mafia est engagée dans une dynamique de recomposition, marquée par de vives dissensions entre deux de ses leaders historiques. Dans ce contexte, l’émergence de l’appellation « DZNG » (DZ Mafia nouvelle génération) entend marquer l’évolution de sa structure de direction », précise le dernier rapport du SIRASCO en avril 2026 sur « l’état de la menace sur la criminalité organisée » en France.

Quant au réseau de stupéfiants du quartier des Près-Saint-Jean, il reste, lui, aux mains de trafiquants locaux.

En 2025, 79 personnes en lien avec le trafic de stupéfiants ont été interpellées sur des points de deal à Alès. Sur les sept premiers mois de 2026, ce sont 190 personnes en lien avec le trafic de stupéfiants qui ont été interpellées, indique Abdelkrim Grini, procureur de la République d’Alès à BFMTV.

« Jusqu’à l’été 2025, il n’y avait que des locaux sur ces points de deal, des individus qu’on connaissait à Alès mais depuis 1 an, nous avons affaire à beaucoup de personnes qui viennent désormais de toute la France », confie-t-il à BFMTV.

À Alès, il existe 4 points de deal, un seul et même point de deal peut rapporter jusqu’à 25.000 euros par jour, précise Abdelkrim Grini, procureur de la République d’Alès à BFMTV.

Article original publié sur BFMTV.com

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