C’était peut-être son dernier interrogatoire devant les juges d’instruction. Sa dernière occasion d’exprimer des regrets ou des remords avant qu’il ne soit renvoyé devant une cour d’assises spéciale.
Mais Mohamed Mogouchkov, qui a revendiqué l’assassinat du professeur Dominique Bernard le 13 octobre 2023 à Arras et qui est placé en détention provisoire depuis, n’a pas pris la voie de la repentance.
Dès le début de son interrogatoire daté du 12 janvier dernier devant la juge d’instruction et que BFMTV a pu consulter, le jeune homme qui va bientôt fêter ses 23 ans, a adopté une attitude déconcertante. Il s’est mis à réciter une prière alors qu’on lui demandait s’il souhaitait faire des déclarations spontanées.
Interrogé par la suite sur la façon dont il avait préparé son attaque terroriste, Mogouchkov a admis avoir acheté un premier couteau onze jours avant l’attentat, le 2 octobre.
Une volonté de passer à l’attaque le 2 octobre
Il a ensuite donné des explications confuses sur la journée où il a mis son sinistre projet à exécution. « Le 2 octobre il y a un vrai projet, une vraie volonté de l’attaque », a-t-il reconnu. Mais il a finalement laissé s’écouler une dizaine de jours. Face à la juge d’instruction, il partage son insatisfaction.
« Le 13 octobre, c’était malheureusement un jour défini par le Hamas comme un vendredi noir (une journée de protestation en soutien à la Palestine, NDLR). Ça aurait pu me dissuader d’attaquer ce jour là, mais je l’ai quand même fait. »
Ce n’est pas par égard aux Palestiniens qu’il s’en veut mais par haine de ce mouvement islamiste. « J’aurais préféré éviter le rapprochement avec ces apostats du Hamas. Plus le temps s’approche, plus la volonté s’affine et la date se définit », a-t-il insisté.
Il a ciblé délibérément un professeur
Durant cet interrogatoire, il a également indiqué pourquoi il avait opté pour Dominique Bernard.
« Certaines personnalités, politiques ou journalistes, sont protégées par des policiers, elles sont publiquement connues et menacées. J’ai choisi une personne qui ne l’est pas », a-t-il déclaré. Mais ce n’est pas seulement par opportunisme qu’il a procédé à cet attentat contre l’enseignant.
« J’aurais pu attaquer un député ou quelqu’un de connu et plus criminel qu’un professeur. C’est fait volontairement. C’est pour dire que ni les uns ni les autres ne sortent du viseur », a-t-il ajouté.
Même logique pour le choix de la ville où l’attaque a été commise. « Arras, ça signifie que n’importe quelle ville peut être menacée. 3 000, 20 000 habitants. Et donc logiquement on ne peut pas protéger chaque ville, sauf à mettre l’état de siège. »
« L’école c’est la fabrique des apostats »
Mohamed Mogouchkov a été interrogé sur les déclarations d’un de ses amis, qui a indiqué avoir noté un changement de comportement à l’été 2023. Cet ami s’était également souvenu d’un échange avec le détenu d’origine ingouche au printemps 2023. Il avait déclaré ceci : « Il disait que les professeurs d’histoire mentaient beaucoup sur le passé. Que vu comment l’école est faite actuellement, elle enlève la religiosité des musulmans. »
Interrogé sur cet échange devant la juge d’instruction, Mohamed Mogouchkov a confirmé la teneur de cette discussion. « L’école c’est la fabrique à apostats, il a bien résumé. »
Plus tard, la juge d’instruction a évoqué une écoute téléphonique retranscrite entre lui et son père, datant de mai 2025, où il invite son fils à exprimer des regrets auprès de la famille de Dominique Bernard.
Pendant cette conversation, le détenu a imaginé la tournure que ces regrets pourraient prendre. « Je regrette que votre proche soit en enfer, j’aurais pas voulu être à sa place ! », a-t-il lancé.
Questionné par la juge d’instruction sur ces propos, Mogouchkov a une nouvelle fois manifesté son absence d’empathie. « Je déplore qu’il soit mort en état d’ingratitude suprême. Mais je n’ai pas à regretter l’action que j’ai faite. Je n’aurais pas aimé voir mon père mourir en mécréant donc je trouve ça malheureux pour sa famille. »
Article original publié sur BFMTV.com




