samedi, février 7

« Je viens de tirer partout. J’viens de niquer du bicot. Ça y est, c’est parti, j’fais mon carton. J’suis désolé. J’m’en vais. J’m’en vais. J’veux que la France se réveille, y’en a marre ». Christophe Belgembe a laissé ce message vocal glaçant à 22h27, le 31 mai 2025, sur le répondeur de son neveu, quelques minutes seulement après avoir abattu de cinq balles son voisin tunisien, Hichem Miraoui, à Puget-sur-Argens, à côté de Fréjus (Var). Avant de raccrocher, Belgembe conclura, furieux : « J’fais un carton, ce soir, ce soir j’fais un carton! »

Mais il n’aura pas l’occasion d’aller plus loin. Christophe Belgembe finira interpellé par le GIGN et sera mis en examen pour « assassinat et tentatives d’assassinat à caractère terroriste ». Il est depuis écroué à la prison Fleury-Mérogis. Selon les derniers éléments de l’enquête judiciaire, dont BFMTV a pu prendre connaissance, Christophe Belgembe a mis au point une stratégie. Il tente coûte que coûte d’enlever la dimension terroriste de son geste. Et de salir sa victime.

« J’ai buté tout le monde »

« J’ai buté tout le monde », clame ce mécanicien de 55 ans lors de son dernier interrogatoire devant la juge d’instruction, le 27 janvier, assurant n’avoir « jamais voulu troubler mon pays, bien au contraire ». Dans une autre lecture des faits, le parquet national antiterroriste (Pnat) avait bien retenu, au moment de se saisir, la volonté du tireur de « troubler l’ordre public par l’intimidation ou la terreur », la définition du terrorisme dans le Code pénal. Mode opératoire terroriste, revendication politique: la justice assimile ce crime raciste à un attentat d’ultradroite. Une première au XXIe siècle.

Le 31 mai soir, Belgembe était sorti de son domicile avec un fusil à pompe, une arme automatique, deux pistolets et plus de 1.000 cartouches. Après avoir criblé de balles Hichem Miraoui et blessé par arme à feu Akif B., un autre voisin d’origine kurde qu’il avait pourchassé en voiture, Christophe Belgembe s’était enfui.

Durant sa brève cavale, il avait diffusé sur Facebook une vidéo en forme de manifeste que BFMTV avait révélée. Face caméra, il revendiquait son crime au nom de ses idées xénophobes et appelait « les Français » à s’inspirer de son geste : « Réveillez-vous, allez les chercher là où ils sont », clamait-il en faisant « allégeance au [drapeau] bleu blanc rouge » avant de rendre hommage à Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national (FN, devenu RN), décédé en janvier 2025.

Hichem Miraoui « cherchait à déménager »

Face à la juge d’instruction antiterroriste, le 27 janvier dernier, Belgembe change de disque, et insiste lourdement sur le conflit de voisinage qui l’opposait à Hichem Miraoui, qui habitait à côté. Lui reprochant d’être sale, de laisser traîner ses mégots par terre, d’accrocher ses tapis au grillage, de « se fout[re] de sa gueule », d’avoir des amies « escorts » qui seraient « shootées ».

« L’alcool, je savais qu’il en consommait énormément, il était avec son pack de bières tous les jours », affirme le mis en examen au sujet d’Hichem Miraoui – alors que le tireur était lui-même très alcoolisé au moment des faits. Mais il ne supportait pas sa zone résidentielle où il se serait même senti « menacé ». « Dans le quartier on a eu beaucoup de fichés S, de sans-papiers, un peu de tout », croit savoir le mis en cause.

Mais les faits sont têtus: comme le relève la juge d’instruction dans cet interrogatoire, une cousine du défunt a témoigné que, au contraire, avant de mourir, Hichem Miraoui « cherchait à déménager », car il se sentait en insécurité avec ce voisin qui le couvrait, rapporte-t-elle, d’insultes racistes. Et lui offrir un plat de couscous pour tenter d’apaiser la situation n’aurait rien changé, selon elle. « On ne peut plus rien dire sans être raciste de toute façon », réagira Belgembe, questionné sur ses propos.

Quant aux autres voisins d’origine kurde sur lesquels il a tiré, Akif B. et Halil T., il assure qu’il est « incapable de les différencier ». « C’est un groupe », insiste Belgembe. Sollicité, son avocat Me Reda Ghilaci n’était pas joignable dans l’immédiat pour réagir.

Article original publié sur BFMTV.com

Share.
Exit mobile version