- Plus d’un million de véhicules deviennent des épaves chaque année dans le pays.
- Dans de nombreuses agglomérations, des affiches proposent de vous les reprendre gratuitement ou même de vous payer pour les détruire.
- Nous avons remonté la trace de ces filières, qui mettent les professionnels du secteur en colère.
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Vous les trouvez souvent installées à des points stratégiques… On parle de ces affiches avec un numéro de téléphone et une promesse : l’enlèvement gratuit de votre vieille voiture. Dans certains cas, son auteur n’hésite pas à vous proposer une centaine d’euros pour vous débarrasser de votre épave. Est-ce réellement une bonne affaire ? « Je trouve que c’est une bonne chose »
, nous lance une automobiliste. « On n’a pas plus d’informations que ça. On ne peut pas faire confiance comme ça »
, se méfie un autre. « C’est une arnaque, pure et simple »
, dénonce un homme à notre micro.
Des filières organisées
Les équipes du 13H de TF1 ont cherché à remonter cette filière. Nos journalistes sont d’abord tombés sur des remorqueurs venus chercher des épaves à domicile. Leurs camions ne sont pas homologués et ne respectent aucune règle de sécurité. Nous découvrons par exemple une épave rentrée de force dans une benne. Une simple sangle tient les portes fermées.
Ces remorqueurs achètent ces épaves pour les revendre à des casses automobiles peu scrupuleuses. Pour se faire une marge, ils doivent acheter au prix le plus bas. C’est ce que nous explique l’un d’eux, Ethan. « Ça dépend du client, en fait. Si le client me dit : ‘vous me donnez 100 euros pour cette épave-là’, on va lui donner 100. En gros, il lui donnera le prix qu’il demande et on gagnera mieux derrière »
, lance-t-il. Par exemple, un véhicule acheté 100 euros à un particulier peut lui rapporter plus du double.
Ces affiches alimentent donc les filières illégales. Les épaves sont rapportées sur des sites comme par exemple dans la Marne. En plein air, les carcasses s’entassent. L’huile et l’essence polluent le sol. Nos journalistes ont cherché à discuter avec les responsables du site. Ils nous proposent même de racheter des pièces détachées. On nous propose un rétroviseur gauche de couleur rouge pour 50 euros et livré en 24 heures. Le responsable n’a aucun agrément pour exploiter une casse automobile.
Une concurrence déloyale que dénonce Vincent Ordan, directeur d’Ordan Dépollution, entreprise de recyclage. Il s’est mis en conformité avec la loi au prix de lourds investissements. « Donc là, on est en train de faire la dépollution du véhicule, l’huile de vidange moteur, vidange boîte de vitesse. Et tout ça est recyclé dans les règles. Contrairement à des sociétés qui ne sont pas agréées, qui font les vidanges dans des petits bidons et qui versent ça dans la nature »
, dénonce-t-il.
Les professionnels espèrent de nouvelles règles
Il a conservé une de ces affiches et l’a collée sur le mur du hangar pour alerter ses clients. Les professionnels du recyclage comme lui réclament depuis longtemps leur interdiction, car elle crée une confusion chez l’automobiliste. Près d’un véhicule sur trois échappe à la filière officielle du recyclage. « Pour l’automobiliste lambda qui veut se débarrasser de sa voiture, il pense que c’est tout à fait légal parce que l’affichette est là. Elle est présente, elle reste plusieurs semaines. Il n’y a pas d’intervention de la mairie, des forces de l’ordre pour les enlever »
, nous explique Ludovic Alexandre, responsable Île-de-France chez Indra Automobile Recycling.
Voici ce qu’il faut savoir pour se débarrasser de sa vieille voiture dans les règles. D’abord, le remorqueur doit rayer la carte grise. Ensuite, il doit vous délivrer un certificat de destruction officielle. C’est la garantie que vous n’êtes plus responsable du véhicule. « C’est une preuve pour lui que le véhicule est bien chez nous et qu’il sera bien détruit »
, confie le remorqueur. De retour au centre, il prend des photos et transmet les documents au service chargé du suivi des épaves.
Contrairement aux épavistes illégaux, ce service peut demander la destruction administrative du véhicule. « L’intérêt pour le particulier est justement de ne pas être embêté par la suite au niveau des usurpations de plaques »
, assure Élodie Ordan, responsable administrative chez Ordan Dépollution. Ce qui vous évitera de recevoir une contravention alors que vous n’êtes plus propriétaire. Recourir à ces épavistes clandestins vous expose à une amende de 1.500 euros.











