L’intervention décidée par Donald Trump au Venezuela, sans consultation ni information préalable du Congrès, s’inscrit à première vue dans une longue tradition américaine. Depuis la doctrine Monroe, formulée en 1823, les Etats-Unis n’ont cessé de considérer l’Amérique latine comme leur sphère d’influence naturelle, justifiant au nom de la stabilité, de la lutte contre le communisme ou de la défense du libre marché des interventions répétées, ouvertes ou clandestines. Du Guatemala en 1954 au Chili en 1973, de l’appui aux dictatures militaires à l’exportation des recettes néolibérales incarnées par les « Chicago Boys » [des économistes chiliens formés à l’université de Chicago qui ont façonné la politique de Pinochet], l’histoire régionale est indissociable de l’ingérence américaine.
Mais ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement la répétition d’un schéma impérial ancien. La nouveauté n’est pas tant l’intervention elle-même que le régime politique et constitutionnel dans lequel elle s’inscrit. Pour la première fois, un président américain revendique ouvertement le fait d’avoir tenu le Congrès à l’écart, non par nécessité stratégique ou par urgence, mais par mépris assumé à l’égard du pouvoir législatif.
Interrogé sur l’absence de consultation parlementaire, Donald Trump a expliqué qu’il craignait des « fuites » venant du Capitole. Cet argument, en apparence pragmatique, constitue en réalité un aveu politique majeur. Il revient à considérer le Congrès non comme un pouvoir constitutionnel légitime, mais comme un danger opérationnel, un foyer potentiel de trahison. Le contrôle parlementaire n’est plus seulement contourné, il est disqualifié.
Cruel parallèle
Il y a une ironie tragique à voir Donald Trump se poser en libérateur du Venezuela, alors même qu’il a évincé et humilié son propre Congrès à deux reprises, y compris après l’assaut meurtrier du Capitole, le 6 janvier 2021. Nicolas Maduro, de son côté, a lui aussi méprisé son Parlement, contraignant Juan Guaido, son dernier président légalement élu, à l’exil. Le parallèle est cruel : celui qui se prétend champion de la liberté ailleurs pratique chez lui une concentration des pouvoirs que Montesquieu aurait qualifiée de despotique.
Il vous reste 62.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.




