- Le Livret A financera à hauteur de 60% le programme nucléaire EPR 2 en France, a annoncé l’Élysée ce jeudi.
- Concrètement, l’épargne réglementée des Français sera mise à contribution via le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts (CDC), bras financier de l’État.
- Historiquement, le Livret A sert à financer le logement social et la politique de la ville.
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Bien gérer son épargne
Placement préféré des Français, le Livret A financera en partie le programme nucléaire EPR 2 en France, a annoncé l’Élysée jeudi à l’occasion d’une visite d’Emmanuel Macron sur le chantier de la future centrale de Penly (Seine-Maritime). Cette décision a été prise lors d’un Conseil de politique nucléaire (CPN) au cours duquel le président de la République a plaidé en faveur de l’atome, indispensable selon lui à la compétitivité et la souveraineté de la France.
Dans un communiqué diffusé à l’issue du CPN, qui définit les grandes orientations de la politique nucléaire nationale, l’Élysée a annoncé que « le prêt bonifié de l’État accordé au programme EPR2 pour 60% du montant total du programme sera financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts ».
Cela signifie qu’une partie de l’épargne des Français sera bientôt mobilisée pour financer le nucléaire à travers la construction de six nouveaux réacteurs de forte puissance, à Penly, Gravelines (Nord) et Bugey (Ain).
De quoi parle-t-on ?
Si, pour de nombreux Français, leur épargne déposée sur les livrets réglementés reste à la banque jusqu’au moment où ils veulent en disposer, la réalité est autre : une grande partie de l’épargne déposée quitte rapidement les établissements bancaires pour rejoindre un circuit financier public. Concrètement, les fonds collectés sur les livrets A sont centralisés par la Caisse des dépôts et consignations, bras financier de l’État, via le Fonds d’épargne, un mécanisme unique et original qui, sans recours au budget de l’État, transforme des fonds collectés sur des produits d’épargne privée en prêts de longue durée et à taux privilégiés qui bénéficient aux secteurs prioritaires désignés par l’État.
Ce dernier centralise et gère 59,5% de l’épargne réglementée des Français déposée sur les livrets A donc, mais aussi les livrets de développement durable et solidaire (LDDS) et les livrets d’épargne populaire (LEP).
Où va l’épargne du livret A ?
L’enveloppe est d’environ 400 milliards d’euros. Une moitié est dédiée à des prêts de long terme au logement social et à destination de la politique de la ville. L’autre moitié est investie dans des titres de dette (principalement d’État) et dans des actions de sociétés cotées, dont la « Caisse » ne donne pas la liste complète. « Il y a 400 milliards dans le fonds d’épargne, 200 milliards sont prêtés aux bailleurs sociaux et collectivités locales, donc il reste 200 milliards »,
expliquait à ce sujet Olivier Sichel directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, en juin auprès de Franceinfo (nouvelle fenêtre).
« Même si nous finançons les EPR, on aura toujours assez d’argent pour financer le logement social ou pour financer les collectivités locales »,
poursuivait-il, précisant que la Caisse des dépôts n’avait fait qu’accroître ses financements auprès du logement social au cours des dernières années. « Il y a 10 ans, la Caisse des dépôts, à travers le Livret A, finançait un logement sur cinq. L’an dernier, c’était deux logements sur cinq. Donc quand dans la rue, vous voyez cinq grues, deux qui sont financées par la Caisse des dépôts pour construire du logement social. »
Un tournant
À titre de repère, selon le dernier rapport annuel du Fonds d’épargne de la CDC (nouvelle fenêtre), sur les 28,1 milliards d’euros de prêts nouveaux accordés en 2024, 20,8 milliards d’euros, soit 74 %, sont allés au logement social et à la politique de la ville, 5,1 milliards d’euros aux projets locaux d’intérêt général et 2,2 milliards d’euros aux nouveaux prêts de refinancement des crédits bancaires à la transition écologique et énergétique.
L’annonce de l’Élysée ce jeudi marque donc une évolution notable dans l’usage du Livret A, désormais également mobilisé pour l’un des plus grands projets énergétiques français des prochaines décennies. En octobre dernier, Olivier Sichel avait de nouveau expliqué lors d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef) que le financement du nucléaire par le Livret A faisait son chemin. « On s’est mis d’accord avec Bercy et puis EDF sur le recours au Fonds d’épargne »
pour financer de nouveaux réacteurs EPR, avait déclaré ce dernier.
Concrètement, cela ne change rien pour les détenteurs de livret A, LDDS ou LEP : les taux d’intérêt, la sécurité et la disponibilité de l’argent laissé sur les livrets réglementés restent inchangés.




