samedi, janvier 17

Ecole de préservation. A elle seule, l’expression étonne, interroge, sidère presque. La plasticienne et photographe Agnès Geoffray, 52 ans, découvre l’existence d’un tel lieu en 2021, lors d’une résidence de recherche dans le château de Cadillac-sur-Garonne, près de Bordeaux. Cette bâtisse a été la première prison française pour femmes au XIXe siècle, puis est devenue en 1905 une école de préservation.

Sur décision de justice, 200 filles mineures peuvent alors être placées dans cette institution publique. Elles sont accusées de vols, d’outrage aux bonnes mœurs, de vagabondage – un délit à l’époque, derrière lequel se cache un soupçon de prostitution. Alors qu’elles sont acquittées pour « manque de discernement », la justice considère qu’elles doivent être rééduquées. Certaines échouent aussi à Cadillac sur simple demande du père de famille, autorisé par la loi à placer tout enfant mineur dit insoumis.

Plongée dans les archives départementales, Agnès Geoffray se rend vite compte que l’appellation d’école de préservation n’a d’école que le nom. « Il s’agissait en réalité de centre de correction. Le vocable est ambigu. Il fallait préserver la virginité des jeunes filles jusqu’au mariage, en faire des femmes dociles. Mais il fallait surtout préserver la société de ces jeunes filles jugées déviantes et dangereuses. »

Portraits fictionnels

Formée aux Beaux-Arts de Lyon et de Paris, et habituée dans son travail à mêler photographies, archives et textes, Agnès Geoffray se passionne pour le projet. Lancée par le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) de Nouvelle-Aquitaine, la résidence est financée pour deux mois et donnera lieu à une première série de photos couleur autour des corps contraints, mais son travail se poursuivra bien au-delà.

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