mardi, mars 24

Le pêcheur Helgi Áargil ne sait plus à quoi s’attendre sur les fjords du Groenland, où il passe jusqu’à cinq jours d’affilée sur son bateau, en compagnie de son chien Molly et des aurores boréales changeantes qui illuminent le ciel.

L’an dernier, son bateau est resté coincé dans des plaques de glace détachées du glacier voisin. Cette année, c’est plutôt la pluie qui s’est invitée. Ses revenus sont tout aussi imprévisibles : une sortie peut lui rapporter quelque 100 000 couronnes danoises (environ 13 400 €), ou rien du tout.

Le climat en rapide mutation de l’Arctique soulève de nouvelles questions pour le Groenland, territoire semi-autonome du Danemark, déjà ébranlé par l’intérêt du président américain Donald Trump pour son acquisition.

Alors que l’attitude de Trump vis‑à‑vis du Groenland a évolué, le reste du monde n’est pas parvenu à freiner les effets du changement climatique. L’Arctique se réchauffe plus vite que toute autre région du globe, sous l’effet de la combustion de pétrole, de gaz et de charbon.

Les conséquences pour l’industrie de la pêche, qui fait vivre en grande partie l’économie groenlandaise, restent incertaines. La pêche représente jusqu’à 95 % des exportations, en grande partie à destination de son principal débouché, la Chine, mais aussi des États‑Unis, du Japon et de l’Europe.

Le pêcheur Helgi Aargil, avec son chien Molly, navigue sur son bateau près de Nuuk, au Groenland, mercredi 21 janvier 2026. – AP Photo/Evgeniy Maloletka

La banquise arctique disparaît

Emmitouflé dans un pull en laine pour se protéger du vent glacial, Áargil explique comment il pêche le flétan et la morue. Parmi les autres prises de choix figurent les crevettes et le crabe des neiges, qui peut dépasser un mètre de longueur, pattes comprises.

Les pêcheurs traditionnels sur la glace, qui représentent la moitié du secteur local, sont ceux qui voient leurs pratiques bouleversées le plus brutalement.

« Mon père pêchait sur la banquise, épaisse d’un mètre cinquante », se souvient Karl Sandgreen, directeur de l’Icefjord Center, un centre basé dans la ville d’Ilulissat qui documente le changement climatique dans la région.

Selon Sandgreen, cette banquise a commencé à disparaître vers 1997, et les pêcheurs qui perçaient la glace pour pêcher se sont mis de plus en plus à utiliser des bateaux. Les embarcations leur permettent de couvrir de plus grandes zones, mais elles entraînent des coûts supplémentaires et une pollution qui accélère encore le réchauffement.

Un bateau de pêche passe devant un iceberg dans la baie de Disko, près d’Ilulissat, au Groenland, mercredi 28 janvier 2026.

Un bateau de pêche passe devant un iceberg dans la baie de Disko, près d’Ilulissat, au Groenland, mercredi 28 janvier 2026. – AP Photo/Evgeniy Maloletka

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Les pêcheurs traditionnels poussés vers la pêche industrielle

La pêche a façonné les communautés du Groenland. Le port où les pêcheurs reviennent vendre leur prise est au cœur de chaque ville ou village. Avant de prendre la mer, certains récupèrent des caisses auprès des entreprises de pêche de l’île pour y entasser leur poisson, qui, dans la capitale Nuuk, est hissé du bateau jusqu’à l’usine de traitement.

Toke Binzer, directeur général de Royal Greenland, le premier employeur de l’île, se dit de plus en plus inquiet d’un avenir où la banquise serait fortement réduite. Une telle situation pourrait pousser les pêcheurs traditionnels à rejoindre les plus grandes communautés et les rangs de la pêche industrielle.

Le défi, désormais, est de savoir comment soutenir les pêcheurs traditionnels lorsqu’il y a parfois « trop de glace pour naviguer, mais pas assez pour sortir dessus », explique Binzer. Cette imprévisibilité constitue déjà un « énorme » problème.

Royal Greenland accorde déjà des prêts aux pêcheurs pour acheter un bateau, qu’ils remboursent grâce à la vente de leurs prises, poursuit‑il.

Des pêcheurs déchargent des caisses de poissons d’un bateau dans le port de Nuuk, au Groenland, jeudi 22 janvier 2026. – AP Photo/Evgeniy Maloletka

Si tout le monde se tourne vers la pêche en bateau, cela pourrait être bénéfique sur le plan économique, mais entraîner une surpêche, prévient Boris Worm, spécialiste de la biodiversité marine à l’université Dalhousie, au Canada.

Au Groenland, on observe déjà des signes de pression excessive près des côtes, les flétans devenant plus petits, souligne Binzer. Worm abonde dans ce sens, y voyant un signe classique de surpêche : les plus gros poissons sont capturés et les plus petits, plus jeunes, sont laissés.

Ce problème pourrait s’aggraver à mesure que la glace se retire et rend les poissons plus accessibles. Les stocks pourraient augmenter, ajoute Worm, car le réchauffement entraîne davantage de pluie et de fonte des glaces, apportant plus de nutriments au plancton dont se nourrissent les poissons.

Il met toutefois en garde : les poissons pourraient ne plus se comporter de manière aussi « prévisible » qu’autrefois, en cherchant par exemple de nouvelles sources de nourriture s’ils ne peuvent plus se nourrir des algues qui poussent sous la banquise.

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Peu d’alternatives à la pêche

Sur son bateau près de Nuuk, Áargil évoque un autre défi : la douceur des températures rend certaines espèces plus difficiles à attraper, car elles plongent plus profondément à la recherche d’eaux plus froides.

« Il fait trop chaud », lâche‑t‑il en regardant les collines qui entourent le fjord. « Je ne sais pas où vont les poissons, mais il y en a beaucoup moins. »

Les possibilités en dehors de la pêche restent limitées au Groenland. Le tourisme progresse, mais il est encore loin de représenter une part significative de l’économie.

La tradition est aussi au cœur des inquiétudes liées au changement climatique. Les conducteurs de traîneaux à chiens sont déjà contraints de rester à terre lorsqu’il n’y a plus de glace de mer.

« Pour beaucoup de Groenlandais, il est vraiment important de pouvoir sortir en mer », explique Ken Jakobsen, directeur de l’usine de Royal Greenland à Nuuk. La pêche est « ce qu’il y a de plus important ».

Rien que dans la capitale, précise‑t‑il, plus de 1 000 bateaux occupent le port en été, dans un territoire qui compte un peu plus de 50 000 habitants.

Ce texte a été traduit avec l’aide de l’intelligence artificielle. Signaler un problème : [feedback-articles-fr@euronews.com].

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