- Lors d’un traditionnel discours annuel, Donald Trump a appelé le Congrès à lui donner son feu vert sur une réforme électorale imposant une pièce d’identité lors du vote.
- Un texte loin d’être anodin à l’approche des élections de mi-mandat, pour lesquelles les républicains partent fragilisés.
- Spectre d’une prétendue fraude, redécoupage de la carte électorale… Le chef de la Maison Blanche s’active dans l’espoir de l’emporter, explique le spécialiste Maxime Chervaux.
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Le second mandat de Donald Trump
Au beau milieu d’une logorrhée d’autosatisfaction, la demande tranche. Lors du traditionnel « discours sur l’état de l’Union »
mardi (nouvelle fenêtre), le président américain Donald Trump a exhorté le Congrès à approuver une réforme cruciale pour lui, à l’approche d’élections de mi-mandat qui s’annoncent difficiles pour son camp (nouvelle fenêtre). Cette loi prévoit d’obliger les électeurs à présenter une pièce d’identité lors d’un vote. Une manière de lutter contre la fraude électorale, selon les républicains… mais surtout de freiner le vote des minorités, moins susceptibles de posséder ces documents, répliquent les démocrates.
À l’horizon de ces « midterms »
, le président américain n’en est pas à sa première manœuvre pour tenter de peser sur le vote, explique à TF1info Maxime Chervaux, professeur à l’Institut français de géopolitique (IFP) et spécialiste de la géographie électorale américaine.
Lors de son discours, Donald Trump a appelé le Congrès à appuyer sa réforme sur la fraude électorale. Pourquoi est-ce un véritable enjeu pour lui, en vue des midterms ?
L’idée que la fraude électorale est conséquente est devenue l’un de ses éléments de rhétorique politique principaux (nouvelle fenêtre), surtout depuis le Covid. Lors de la présidentielle de 2020, il a très vite accusé les démocrates de vouloir changer les règles électorales au nom de la crise sanitaire. Des réflexions avaient en effet été menées au Congrès, de manière bipartisane, sur une mise à jour exceptionnelle de ces règles le temps de la pandémie, mais la question a rapidement braqué Donald Trump.
Après sa défaite, il a affirmé que l’élection de Joe Biden avait été illégitime (nouvelle fenêtre), et a promu cette idée d’une fraude électorale massive aux États-Unis, sans aucune preuve empirique (nouvelle fenêtre). Il a ainsi repris pour lui des récits présents au sein de la frange la plus conservatrice du Parti républicain, qui souhaite durcir les règles du vote depuis les années 2000, notamment par cette obligation de présenter une pièce d’identité.
Le fait de pousser cette règle participe toujours à ce récit de la fraude électorale, d’autant qu’au sein de l’électorat Trump, il existe aujourd’hui un vrai doute quant à la sécurité du système de vote, basculant souvent vers des récits complotistes (nouvelle fenêtre). Mais c’est aussi un trope régulier de son administration, qui lui permet de légitimer des propositions de réformes rendant le vote beaucoup plus difficile.
Les démocrates peuvent reprendre l’avantage en ne faisant basculer qu’une poignée de sièges
Les démocrates peuvent reprendre l’avantage en ne faisant basculer qu’une poignée de sièges
Maxime Chervaux, spécialiste de la géographie électorale américaine
Ces derniers mois, Donald Trump a aussi exhorté les États républicains à modifier le découpage électoral pour favoriser son camp. La stratégie s’annonce-t-elle d’ores et déjà payante ?
C’est un sujet qui travaille le pays depuis le courant de l’année dernière : la plupart des États républicains qui étaient en mesure de redécouper leur carte électorale l’ont fait. Mais en face, une partie de l’establishment démocrate (nouvelle fenêtre) a sauté le pas pour faire de même, justifiant ce choix par la nécessité de répondre du tac au tac au redécoupage poussé par l’administration Trump. C’est déjà le cas de la Californie, mais aussi dans le Colorado, et bientôt en Virginie.
Pour l’instant, cela semble légèrement contre-productif pour Donald Trump, parce qu’il semblerait que la carte électorale soit quelque peu revenue à l’équilibre qu’elle avait, il y a un an de cela. Globalement, il y a suffisamment de nouvelles circonscriptions démocrates pour compenser les nouvelles circonscriptions largement républicaines. Mais cela reste toutefois à prendre avec des pincettes à ce stade.
Ces différentes offensives sont-elles le signe d’une fébrilité du président face à ces élections ? Doit-il craindre un véritable revers électoral ?
Donald Trump est naturellement dans une situation de fébrilité. Tout d’abord parce que les présidents américains sont toujours dans une position défavorable à l’approche des midterms, qui leur font généralement perdre des élus. Aujourd’hui, la majorité est ténue à la Chambre des représentants et au Sénat, et les démocrates peuvent reprendre l’avantage en ne faisant basculer qu’une poignée de sièges.
Dans le cas précis de Donald Trump, il y a par ailleurs un certain nombre de signaux faibles. Il reste relativement populaire pour un président dans son second mandat, avec 38 à 40% d’opinions favorables selon les sondages, mais une partie de son électorat se détache un peu de lui, dont des hommes issus des minorités qui s’étaient éloignés du parti démocrate (nouvelle fenêtre). Il pourrait aussi payer le coût de ses mesures les plus polémiques, comme sa politique migratoire (nouvelle fenêtre) et les droits de douane (nouvelle fenêtre). Les Américains considèrent en outre qu’il ne consacre pas assez de temps à leurs priorités, notamment l’économie et le pouvoir d’achat.
Donald Trump lui-même n’a pas caché que les républicains se retrouvent dans une position inconfortable. Il faut toutefois rester prudent, car les sondages montrent malgré tout qu’un désenchantement pour lui ne se traduit pas automatiquement par de bons scores pour les démocrates.
Il y a un vrai potentiel de déstabilisation de l’organisation du scrutin, qui va augmenter à mesure que les votes arrivent
Il y a un vrai potentiel de déstabilisation de l’organisation du scrutin, qui va augmenter à mesure que les votes arrivent
Maxime Chervaux, spécialiste de la géographie électorale américaine
Au début du mois, il estimait aussi que les républicains devraient « prendre le contrôle »
des midterms et « nationaliser le vote »
. Existe-t-il le risque d’une vraie dérive autoritaire (nouvelle fenêtre) à l’approche du scrutin ?
La Constitution américaine stipule clairement que l’organisation du vote est une prérogative des États. Les républicains eux-mêmes se sont battus pendant des décennies contre l’idée d’une nationalisation ! Mais aujourd’hui, il y a bien un vrai risque que ce scénario se produise, même s’il faut là encore l’analyser avec prudence. Le département de la Justice est intervenu dans plusieurs États, pour des perquisitions liées à des accusations contre l’organisation précédente des élections, notamment à Atlanta, en Géorgie.
C’est un sujet particulièrement dangereux et qui représenterait l’une des meilleures preuves de tournant autoritaire de l’administration Trump, au-delà de sa volonté d’accroître les pouvoirs du président. Les contre-pouvoirs existent toujours aux États-Unis, des interférences dans l’organisation des élections ne passeront probablement pas les tribunaux. Mais il y a un vrai potentiel de déstabilisation de l’organisation du scrutin, qui va augmenter à mesure que les votes arrivent. De premiers États ont déjà commencé à voter pour les primaires… C’est la grande inconnue des prochaines semaines.




