- Pendant des années, Frédéric Quinton a sillonné la France, proposant ses services de bricoleur à des femmes qu’il n’hésitait pas ensuite à voler.
- Il a été arrêté ce mercredi 11 février en Charente-Maritime.
- Plusieurs de ses victimes ont accepté de témoigner dans le JT de TF1.
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Le 20H
Quand Caroline Banc reçoit les journalistes de TF1 dans sa ferme de Sanilhac-Sagriès, au milieu du Gard, elle décrit un havre de paix. « C’est vraiment royal ici, c’est complètement perdu en plein milieu de la garrigue. C’est vrai que c’est idéal pour quelqu’un qui est en cavale. Après coup, en y réfléchissant, il n’y a personne qui va venir chercher un fugitif ici »
, raconte-t-elle dans le reportage du 20H ci-dessus. Sans le savoir, en août dernier, cette agricultrice a fait entrer chez elle un homme en fuite après une condamnation à une peine de prison. Frédéric Quinton est soupçonné d’avoir escroqué de nombreuses victimes pendant des années.
A partir de ce moment-là, il a éteint son téléphone et il n’y a plus jamais eu de signal.
A partir de ce moment-là, il a éteint son téléphone et il n’y a plus jamais eu de signal.
Caroline Banc, agricultrice dans le Gard
À cette époque, seule dans sa grande ferme, Caroline est épuisée par trop de travail. Elle poste alors une annonce en demandant de l’aide. Un certain Paul lui répond. « Je l’ai eu au téléphone le mercredi à midi et le vendredi, il était là. Il est arrivé tout de suite, c’était idéal. Manuel, il savait réparer les voitures, s’occuper des animaux, conduire le tracteur »
, se souvient-elle. Pendant trois semaines, celui qui se fait appeler Paul se rend indispensable. Mais un matin, il part faire des courses pour Caroline. Elle lui confie 400 euros, il ne reviendra jamais. « Du coup, je lui dis :
‘je suis très inquiète, que se passe-t-il ? Donne des explications’. À partir de ce moment-là, il a éteint son téléphone et il n’y a plus jamais eu de signal sur son téléphone »
, se raconte Caroline.
Rapidement, l’agricultrice comprend que l’escroc ne s’est pas contenté de cette somme. Il est parti avec toutes ses économies, 15.000 euros cachés dans une boîte, elle-même dissimulée dans un parpaing. Mais comment pouvait-il savoir qu’il y avait de l’argent camouflé chez elle, et à cet endroit précis ? « Je ne sais pas, je n’ai pas de solution à cette question »
, répond-elle, avouant qu’elle a pensé à un détecteur de métaux. « Parce que c’est chirurgical, il ne s’est pas trompé »
, précise-t-elle. « Il a emporté mon argent, ma confiance et toutes ces questions sans réponse »
, déplore-t-elle. Seuls restent ses affaires qu’il a laissées dans la caravane que lui avait prêtée Caroline.
Au moins une vingtaine de victimes
Pendant plusieurs mois, l’agricultrice tente de le retrouver et réalise qu’elle n’est pas la seule victime de l’escroc aux 1000 identités. Celui qui se fait appeler Paul, Maël ou encore Nicolas se nomme en réalité Frédéric Quinton, 46 ans. Le 11 février, l’homme a été interpellé par les gendarmes à Jonzac, en Charente-Maritime. Il était recherché depuis huit mois. Condamné en juin dernier à deux ans de prison pour escroquerie, il ne s’était pas présenté à son procès. Le malfaiteur ciblait en majorité des femmes seules, vulnérables. Ces cinq dernières années, il aurait fait au moins une vingtaine de victimes.
Dans l’Aude, il a séduit une femme avant de s’enfuir avec 800 euros contenus dans la tirelire de sa fille. La veille, il leur laissait ce message téléphonique : « Coucou ma puce. Encore mille mercis de cet élan d’amour, je me rends vraiment compte des barrières que tu as défoncées pour pouvoir m’accueillir dans ta bulle, votre bulle ».
Il s’est aussi fait passer pour un pèlerin sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Rien ne semblait l’arrêter. Sa plus longue imposture a eu lieu dans le Grand Ouest. Il se faisait appeler Nico auprès de sa compagne et de leur fille pendant 11 ans avant de s’enfuir en leur laissant 17.000 euros de dettes.
« Fausse modestie »
Pour le localiser et l’interpeller cette semaine, les gendarmes se sont notamment appuyés sur des informations fournies par des victimes. Parmi elles, Ève Champavier, agricultrice dans les Hautes-Alpes. Elle a traqué l’escroc pendant des mois. Il y a trois ans, cette veuve avait fait sa connaissance sur une application de rencontre. L’homme se faisait alors appeler Romain. Durant six semaines, il l’aide sur son exploitation avant de lui voler sa moto et de l’argent. En octobre dernier, avec d’autres victimes, elle décide de le piéger et poste une fausse annonce. « On avait demandé :
‘bon bricoleur contre logement’ et il répond à notre offre »,
dit-elle.
Elle enregistre alors la conversation téléphonique. « De toute façon, il n’y a pas grand-chose que je ne pourrais pas faire normalement (…) J’ai rénové plusieurs maisons, donc il y a un moment donné, soit il fallait être milliardaire, soit il fallait être démerdard. J’étais démerdard »
, lui affirme-t-il. « J’écoute sa voix, je sais que c’est lui, sans l’ombre d’un doute. C’est sa manière de parler, ses intonations et sa fausse modestie aussi »
, assure Ève, qui transmet le numéro de téléphone du fugitif aux gendarmes. Ces derniers étudient plusieurs lignes téléphoniques, car pendant sa cavale, l’escroc en changeait en permanence.
Comment cet homme, originaire du Maine-et-Loire, est-il devenu un arnaqueur en série ? Pour tenter de le comprendre, les journalistes de TF1 se sont rendus là où il a grandi. Pour la première fois, son père accepte de témoigner. Selon lui, Frédéric Quinton a commencé à voler très jeune. Depuis plus de 20 ans, ses parents sont sans nouvelles, plongés dans l’incompréhension. « On n’a jamais été méchants avec lui, ni rien. Ca nous travaille quand on entend tout ça »,
se désole-t-il, l’appelant à arrêter « ses bêtises ».
L’homme incarcéré sera prochainement entendu par les enquêteurs. Les victimes, elles, confient à TF1 avoir l’intention de déposer une plainte collective.




