- L’hybristophilie désigne l’attirance pour les criminels.
- Ce phénomène peut être lié à la fascination pour le pouvoir, le danger ou à des traumatismes profonds.
- Les représentations hollywoodiennes semblent renforcer cette fascination.
Charles Manson, Ted Bundy, Nordahl Lelandais, Michel Fourniret, Jeffrey Dahmer… En plus d’être tous de dangereux criminels, ils ont un véritable pouvoir d’attraction. Si bien qu’ils sont devenus une fascination voire l’objet de fantasmes pour certaines personnes. On appelle ça l’hybristophilie, un terme d’origine grecque que l’on peut traduire comme le fait « d’aimer ce qui commet un outrage contre autrui
« . Il s’agit « d’un comportement amoureux, considéré comme socialement inadapté
« , souligne Michel Bénézech dans une étude publiée dans la revue psychiatrique Annales médico-psychiatriques
. Il insiste sur le fait que ce phénomène « n’est pas le fait d’aimer quelqu’un bien qu’il soit criminel, mais de l’aimer parce qu’il est criminel
« . Dans une vidéo publiée sur Instagram, la psychologue Claire Petin ajoute qu’il s’agit d’une paraphilie bien que l’hybristophilie ne soit pas considérée comme un trouble psychiatrique dans les classifications actuelles.
Selon elle, plusieurs raisons se cachent derrière cette déviance : la recherche d’une figure perçue comme forte, charismatique et dangereuse. Le fantasme de sauver quelqu’un et de le remettre sur le droit chemin ou encore la transgression par procuration, une manière de franchir la ligne rouge, sans enfreindre l’interdit soi-même. Interrogée par le 20H de TF1, Sarah Smadja, cheffe du service psychiatrie de l’hôpital Sainte-Anne à Paris explique que, parfois, la fascination pour ces criminels peut trouver sa source dans des traumatismes plus profonds. Ce sont « des personnes qui vont avoir une sorte d’hyper empathie, qui vont vouloir être la sauveuse. Elles vont parfois voir derrière le monstre, elles vont voir une personne et elles vont avoir cette relation privilégiée avec cette personne qui va leur apporter de l’amour, un regard exclusif. C’est ça qui va les animer et ce qu’elles vont rechercher
« .
Des biais médiatiques renforcés
En juin 2025, une étude publiée dans la revue Deviant Behavior, établissait un lien entre les contenus TikTok glorifiant les criminels et les tueurs en série et l’attrait sexuel de certaines jeunes femmes pour eux. Les femmes qui regardaient des publications mettant en scène des tueurs en série réels ou fictifs (tels que Joe Goldberg dans la série You de Netflix), obtenaient des scores d’hybristophilie supérieurs à la moyenne. Dans l’étude, 8% des jeunes femmes interrogées avouent fantasmer sur des criminels comme Ted Bundy. Certaines sont, en effet, persuadées de pouvoir remettre sur ces personnes sur le droit chemin. De plus, l’étude souligne que plus un criminel est jugé séduisant plus la perception de ses crimes… s’adoucit. Autre point relevé par l’étude : le transfert criminel/acteur. Zac Efron a incarné Ted Bundy et Evan Peters a prêté ses traits à Jeffrey Dahmer. Deux acteurs très appréciés et si séduisants pour certaines qu’elles ont fini par confondre les serial killers avec la version hollywoodienne.
Mais, contrairement à ce que l’on croit, il n’y a pas que les femmes qui sont concernées par ce phénomène. La psychologue souligne que « les études sur le sujet sont rares et se sont surtout intéressées aux femmes hybristophiles
« . La preuve avec la dernière étude. Mais « la plupart des données disponibles proviennent d’observations cliniques isolées ou d’affaires médiatisées… ce qui limite la portée des conclusions que l’on peut en tirer
« , ajoute Claire Pétin. Elle parle donc d’un biais médiatique renforçant l’impression que la fascination ou le fantasme pour les criminels ne toucheraient que les femmes. Néanmoins, pour elle, l’hybristophilie « interroge la manière dont la violence, le pouvoir et le charisme se conjuguent parfois à des mécanismes d’emprise ou de répétition traumatique, et questionne, plus largement, notre rapport moral à la transgression
« .




