- Les prix du gazole et de l’essence s’envolent en France et certains reprochent aux raffineries d’avoir multiplié leurs marges.
- Il s’agit en réalité de leurs marges brutes et non de leur rémunération nette, nées de la rareté des produits déjà raffinés sur le marché, avec une demande toujours aussi forte et une offre plus rare.
- Mais les raffineurs pourraient-ils faire un effort et l’ont-ils déjà fait par le passé ?
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Moyen-Orient : avec la guerre, les prix des carburants et du gaz s’envolent
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Quand les prix s’envolent à la pompe, qui est gagnant ? Ce sont d’abord les distributeurs qui ont été montrés du doigt. Au début de la crise au Moyen-Orient, le gouvernement avait ainsi médiatisé les contrôles dans les stations-service, destinés à vérifier que les prix à la pompe étaient conformes aux prix du marché.
Puis, certains responsables politiques ont accusé l’État : la moitié du prix de l’essence et du gazole est composé de taxes (accise et TVA). Mais le ministère de l’Économie rappelle qu’en raison de la baisse de la consommation de carburants depuis le début de la crise (-5,5%), les bénéfices fiscaux sont limités : +9 millions d’euros depuis mars, par rapport à la même période l’an dernier, quand en face plus d’un milliard d’euros ont été décaissés pour aider les plus modestes à affronter ces hausses.
Les regards se sont ensuite tournés vers les raffineurs. Ainsi, Dominique Schelcher, le patron de Coopérative U, a décrit des marges au niveau du raffinage qui avaient « fortement augmenté, fois trois, fois quatre
« , estimant que « ce maillon
» pouvait « peut-être aujourd’hui faire un effort
« .
L’association de consommateurs CLCV a également pointé les raffineurs français, détaillant l’évolution de la marge sur le gazole passée, selon la structure, de 13,2 centimes par litre en 2025, à 25,7 centimes début mars 2026, puis à 36,4 centimes début avril 2026.
Quel est le rôle des raffineurs ?
De quoi parle-t-on ? À la pompe, ce n’est pas du pétrole brut que nous mettons dans nos réservoirs. Et ce n’est donc pas le prix du baril de pétrole que nous retrouvons à la caisse de la station-service.
Essence ou gazole, les produits sont en effet transformés lors de l’étape de raffinage. À la pompe, le consommateur paie donc le prix du produit raffiné, qui possède son propre marché et ses propres cours de référence. Régulièrement cité, le prix du baril de Brent décrit donc une tendance, mais ne donne pas précisément le prix du carburant.
L’écart entre le prix du produit raffiné et celui du pétrole brut constitue la marge de raffinage. C’est celle-ci qui a augmenté depuis le début de la crise. Mais cette marge est brute : ce n’est pas le bénéfice net réalisé par les raffineurs. Elle couvre aussi l’énergie consommée par les installations de la raffinerie, la maintenance, les salaires et le fonctionnement des sites.
Des marges multipliées par quatre ne veulent donc pas dire que les raffineurs ont multiplié leurs bénéfices par quatre… mais cela ne veut pas dire, non plus, qu’ils n’ont pas gagné d’argent avec la crise.
Pourquoi le prix des produits raffinés augmente-t-il plus vite que le prix du baril ?
En 2024, le gouvernement estimait que la composante « raffinage » représentait environ 7% du prix TTC du gazole et du sans-plomb 95-E10, contre environ 14% pour le transport et la distribution, les taxes et la TVA restant, elles, la part la plus lourde du prix final, autour de 53%. Si le raffinage ne fait pas, à lui seul, le prix à la pompe, il peut faire basculer une grande partie de sa variation à court terme.
C’est ce que l’on voit actuellement : la hausse des prix des produits raffinés est plus forte que la hausse du prix du baril. Car dans le contexte actuel, ce n’est pas le pétrole brut qui fait défaut, mais le manque de produits déjà raffinés (essence, gazole, kérosène).
Et ce, pour plusieurs raisons : reprise des hostilités entre l’Iran et les États-Unis depuis fin août, qui perturbe le trafic dans le détroit d’Ormuz, le renchérissement du coût des assurances de transport, le blocus maritime décrété par les rebelles houthis contre l’Arabie saoudite, les attaques ukrainiennes sur les raffineries russes, mais aussi la prolongation du moratoire russe sur les exportations de diesel.
Selon les estimations de TotalEnergies, environ trois millions de barils par jour de produits raffinés auraient été retirés du marché. D’autres analystes estiment qu’en cumulant les dégâts subis par les raffineries du Moyen-Orient et de Russie, six à sept millions de barils par jour de capacité de raffinage seraient aujourd’hui hors service.
Plafonner les marges ? Taxer les superprofits ?
Les raffineurs fonctionnent selon une logique de marché. Ils ne fixent pas leur prix de vente en additionnant leurs coûts et une marge fixe, mais vendent au prix du marché international des produits raffinés. Si ce marché est en tension, en raison de la rareté des produits raffinés, ils encaissent la différence.
Or, leurs coûts de production n’ont, eux, pas changé. Pourraient-ils donc faire un geste ? En 2022, TotalEnergies avait par exemple mis en place une remise à la pompe de 20 centimes par litre, financée sur ses propres marges. Celle-ci venait s’ajouter à la ristourne décidée par le gouvernement. Mais pour l’heure, le pétrolier a préféré mettre en place un plafonnement des prix dans ses stations.
Est-ce que les raffineurs pourraient être contraints à faire un geste ? L’industrie pétrolière est en effet la principale bénéficiaire de la crise actuelle, avec jusqu’à 24 millions de superprofits attendus à l’échelle européenne cette année.
Fin août, six pays européens (Allemagne, Italie, Autriche, Pologne, Portugal, Espagne) ont réclamé une nouvelle taxe sur les superprofits, en s’appuyant sur une enquête commandée par la Commission européenne pour établir si les raffineurs exploitent la situation actuelle pour maximiser leurs profits.
La France ne s’est pas associée à cette démarche. Du côté de TotalEnergies, son PDG Patrick Pouyanné a assuré que toute taxe sur les superprofits entrainerait la fin du plafonnement des prix dans ses stations.
En 2022, face à la crise énergétique, l’UE avait mis en place une taxe sur les énergéticiens, dont le produit a été moins élevé que prévu, notamment en France. L’Espagne a, elle, instauré une taxe sur les profits des fournisseurs d’énergie.
Reste qu’une taxe sur les superprofits permettrait une redistribution, après coup – et pourrait financer des dispositifs de transition vers l’électrique – mais ne ferait pas baisser les prix à la pompe. Quant au plafonnement des marges, il crée un risque de pénurie.



