mardi, février 3
Le président de la FIFA, Gianni Infantino, s’adresse à la réunion d’hiver de la Conférence des maires des Etats-Unis, le 29 janvier 2026, à Washington, DC.

La décision avait été prise, dans la foulée de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par les troupes du Kremlin, à la fin du mois de février 2022. La Fédération internationale de football (FIFA) ⁠et l’Union des associations européennes (UEFA) prononçaient la suspension des clubs et de l’équipe nationale russe de toutes leurs compétitions officielles. Quatre ans plus tard, la guerre en Ukraine fait toujours rage et aucun accord de paix n’a encore été signé, mais le président de la FIFA, Gianni Infantino, souhaite lever cette mise au ban.

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« Cette suspension n’a rien apporté, elle n’a fait qu’accroître la frustration et la ⁠haine, a-t-il déclaré à la chaîne britannique Sky Sports, dans un entretien diffusé lundi 2 février. Permettre aux filles et aux garçons russes de jouer au football dans d’autres régions d’Europe aiderait. » Pour le patron de l’instance internationale, la FIFA ne devrait « en réalité jamais ‍interdire à un pays de jouer au football en raison des actes de ses dirigeants politiques ». « Quelqu’un doit ​maintenir les liens », plaide le dirigeant italo-suisse de 55 ans.

Des propos vivement critiqués par le ministre ukrainien des sports, Matvii Bidnyi, les jugeant « irresponsables » et « infantiles ». « Ils dissocient le football de la réalité dans laquelle des enfants sont tués », a réagi ce dernier auprès de Sky Sports. De son côté, le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, a maintenu que la guerre en Ukraine devait prendre fin pour que la Russie soit réintégrée, faisant écho aux déclarations faites lors de la conférence de presse de clôture du congrès de son instance en avril 2025.

Gianni Infantino avait déjà, par le passé, affiché sa proximité avec Vladimir Poutine lorsque la Russie a accueilli la Coupe du monde en 2018. L’année suivante, il avait été décoré de la médaille de l’Ordre de l’amitié, l’une des plus hautes distinctions du régime russe. Une récompense remise lors d’une cérémonie au Kremlin, lors de laquelle le patron de la FIFA avait évoqué les « liens d’amitié indéfectibles » avec le chef de l’Etat russe.

« Je suis contre les interdictions »

Mais ses déclarations s’inscrivent dans un contexte particulier, en ce qu’elles rejoignent celles de Donald Trump, qui s’est lui aussi prononcé en faveur d’une telle réintégration. En mai 2025, lors d’une visite de M. Infantino à la Maison Blanche, le président des Etats-Unis avait estimé que permettre à la Russie de participer à la Coupe du monde 2026, que son pays coorganise avec le Canada et le Mexique, pourrait « inciter » M. Poutine à mettre un terme à la guerre en Ukraine. Une perspective en apparence compliquée : la Sbornaïa n’a pas participé aux éliminatoires du tournoi, prévu du 11 juin au 19 juillet.

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Dans son entretien à Sky Sports, M. Infantino est également revenu sur sa décision de remettre à Donald Trump le premier « prix de la paix de la FIFA », le 5 décembre, lors du tirage au sort des groupes du Mondial 2026. « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour contribuer à la paix dans ‌le monde, et c’est pourquoi, ​depuis quelque temps, nous réfléchissions à faire quelque chose pour récompenser les personnes qui agissent », a-t-il justifié au sujet de cette distinction créée sur mesure pour le locataire de la Maison Blanche, vexé de ne pas avoir obtenu le prix Nobel deux mois plus tôt.

Même s’il a été la cible de nombreuses critiques, le patron de la FIFA n’en démord pas et juge qu’« objectivement » le chef de file du mouvement MAGA (Make America Great Again), avec lequel il se montre régulièrement, « mérite » ce prix. Sans surprise, le patron du football mondial s’oppose également aux appels au boycott de la Coupe du monde, évoqués par des responsables européens face aux menaces géopolitiques et commerciales de Donald Trump. « Je suis contre les interdictions, comme contre les boycotts. Je pense qu’ils n’apportent rien (…) ils contribuent simplement à plus de haine », a-t-il affirmé.

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Quitte à contrevenir à l’obligation de neutralité de la FIFA, pourtant inscrite dans les statuts de la fédération. L’ONG britannique FairSquare a d’ailleurs déposé une plainte, contre M. Infantino auprès de la commission d’éthique de l’instance mondiale en décembre 2025, estimant que ce dernier a enfreint, à « quatre reprises », l’article 15 du code d’éthique de la FIFA. En vertu de ce texte, ses responsables sont tenus de « rester politiquement neutres dans leurs relations avec les autorités gouvernementales, les organisations nationales et internationales ».

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