mercredi, juin 10

Reprenant un geste viral, échangeant avec la superstar Bad Bunny ou encore multipliant les clins d’oeil aux fans de foot, le pape Léon XIV, âgé de 70 ans, mène une opération séduction à destination des jeunes lors de sa visite en Espagne.

La scène a fait le tour des réseaux sociaux: debout à bord de sa papamobile à Madrid et à Barcelone, le pape répète le geste du « six-seven », sourire aux lèvres, devant une foule amusée et un brin surprise.

Ce phénomène viral venu des États-Unis, né l’an passé sur TikTok d’un morceau du rappeur Skrilla, s’est depuis répandu comme une traînée de poudre notamment chez les jeunes.

Ceux-ci balancent les épaules, font un geste des mains comme s’ils pesaient quelque chose, et disent à voix haute en anglais « six-seven ».

Léon XIV s’est aussi illustré en échangeant brièvement lundi soir en privé avec la superstar portoricaine Bad Bunny.

Hasard du calendrier, le pape et le chanteur étaient en même temps dans la capitale espagnole, une coïncidence qui avait fait dire à Léon XIV à bord de son avion en route vers l’Espagne que les jeunes pouvaient hésiter entre eux deux.

– « Moments de spontanéité » –

« S’ils se retrouvent face à la question de savoir s’ils veulent voir Bad Bunny ou s’ils veulent voir le pape, je pense que beaucoup iront voir Bad Bunny », avait-il dit: « Mais je pense aussi qu’il y en aura quelques-uns qui viendront voir le pape. Et cela veut dire quelque chose ».

« Il cherche clairement à s’adresser aux jeunes « , observe Elise Ann Allen, une experte américaine du Vatican qui a publié une biographie de ce pape, né Robert Francis Prevost à Chicago.

Mais elle pense aussi que le souverain pontife, malgré le poids du protocole, se laisse aussi aller à de simples « moments de spontanéité », comme lorsqu’il a confié aux journalistes soutenir le Real Madrid… et non le FC Barcelone, son grand rival espagnol.

Lors de son vol de Madrid à Barcelone, le pape a passé une partie du trajet dans le cockpit, visiblement ravi, saluant par le hublot un avion de chasse qui escortait l’appareil.

Et quand l’un des pilotes lui a dit qu’il était supporter du Real Madrid, dont les joueurs portent un maillot blanc, Léon XIV a souri: « Je suis tout en blanc. À Barcelone, il faut faire attention ».

« C’est juste le pape qui reste lui-même « , résume Elise Ann Allen.

A plusieurs reprises, Léon XIV a évoqué ces dernières semaines les défis et les difficultés posés par l’univers numérique aux jeunes, avant de consacrer en partie fin mai sa première encyclique, un manifeste adressé à l’ensemble des fidèles, à l’intelligence artificielle (IA).

Lors d’un déjeuner à Madrid, Léon XIV, élu pape en mai 2025, a d’ailleurs plaisanté sur les limites actuelles de l’IA en racontant qu’il avait demandé à un modèle de langage (LLM), peu avant sa visite, ce qu’il devrait dire aux évêques espagnols, et a obtenu une réponse obsolète, évoquant son prédécesseur au Vatican.

– « Il rend Dieu tendance » –

« L’IA lui a répondu: +Le pape François dirait+… Alors il l’a interrompue en disant : +Je crois qu’il existe un autre pape+… », s’est amusé auprès de la presse, Yago de la Cierva, coordinateur du voyage papal.

Pour Elise Ann Allen, « il se passe quelque chose » quant à l’intérêt des jeunes pour le catholicisme, « et il s’en rend compte . Il veut en tirer profit ».

A Madrid, le souverain pontife a d’ailleurs appelé les évêques espagnols à « construire une nouvelle réalité, à travers un dialogue respectueux et l’utilisation de nouveaux langages » pour évangéliser la jeunesse, en « recherche sincère de sens ».

« Ce que nous observons, c’est une augmentation de la visibilité du catholicisme et de sa normalisation chez les jeunes » espagnols, analyse dans El País Rafael Ruiz, un professeur en sociologie à l’université Complutense de Madrid.

En 2026, environ 56% des Espagnols se déclarent catholiques, contre l’écrasante majorité (90%) dans les années 1970, selon un récent sondage du Centre de recherches sociologiques (CIS) à Madrid.

Le pape « rend Dieu tendance », soutient un éditorial du quotidien La Vanguardia.

« Il incarne tout ce dont le monde manque : de la joie, des convictions fortes, de la sensibilité, le sens de la justice, de la tendresse, de l’espoir, de la compassion. Et, en plus, il sourit ! ».

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