
C’est une journées des plus meurtrières à Gaza : 11 Palestiniens, dont 3 journalistes et 2 enfants, ont été tués, mercredi 21 janvier, par des tirs d’artillerie et une frappe aérienne de l’armée israélienne, en violation du cessez-le-feu conclu en octobre 2025, ont rapporté des sources médicales locales. Elle survient au moment où les Etats-Unis tentent de faire avancer l’accord de paix et de mettre en œuvre sa difficile deuxième phase.
Les trois journalistes identifiés comme Anas Ghneim, Mohammed Salah Qashta et Abdoul Raouf Shaath étaient également employés par le Comité égyptien de secours, une organisation d’aide œuvrant dans la bande de Gaza. Ils ont été tués dans une frappe aérienne qui a visé leur véhicule alors qu’ils filmaient un campement à Al-Zhara, dans le centre de Gaza, établi par les Egyptiens pour la population déplacée.
Abdoul Raouf Shaath, un journaliste reporter d’images indépendant âgé de 34 ans, collaborait régulièrement avec l’Agence France-Presse (AFP) depuis l’évacuation des journalistes employés par l’agence à Gaza en février 2024. Mercredi, il n’était pas en mission pour l’AFP au moment de la frappe, mais son dernier reportage pour l’agence a été publié lundi.
Les explications de l’armée israélienne
L’armée israélienne a déclaré avoir frappé trois « suspects » manœuvrant un drone dans le secteur. « Des troupes [israéliennes] ont identifié plusieurs suspects qui opéraient un drone affilié au Hamas dans le centre de la bande de Gaza », selon un communiqué, sans plus de détails sur cette affiliation prétendue. « En raison de la menace que le drone représentait pour les troupes », les forces israéliennes « ont frappé avec précision les suspects qui l’avaient activé », ajoute l’armée, précisant que « les détails de l’incident étaient en cours d’examen ».
Sur place, un témoin a déclaré à l’AFP que les journalistes utilisaient un drone pour filmer une distribution d’aide humanitaire gérée par le Comité égyptien de secours, lorsqu’un véhicule qui les accompagnait a été ciblé par une frappe aérienne. Mohamed Mansour, le porte-parole du comité, a déclaré que la frappe avait eu lieu à environ 5 kilomètres de la zone contrôlée par Israël et que le véhicule était connu des militaires israéliens comme appartenant au Comité égyptien.
Le syndicat des journalistes palestiniens a condamné « avec la plus grande fermeté » cette attaque, la qualifiant de « politique systématique et délibérée menée par l’occupant israélien pour cibler intentionnellement les journalistes palestiniens ». Le Hamas, qui a pris le pouvoir dans la bande de Gaza en 2007, a dénoncé un « crime de guerre », soulignant que les trois journalistes avaient été tués dans l’exercice de leur fonction. Il n’a pas revendiqué une quelconque affiliation entre ces trois hommes et le mouvement, comme il le fait habituellement lorsqu’un de ses membres est tué.
Une trêve précaire est en vigueur depuis le 10 octobre dernier à Gaza entre Israël et le Hamas, que les deux camps s’accusent mutuellement de violer. Plus de 470 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, selon le ministère de la santé de la bande de Gaza. Au moins 77 d’entre eux ont été tués par des tirs israéliens près de la ligne de cessez-le-feu qui divise le territoire entre les zones contrôlées par Israël et la majeure partie de la population palestinienne de Gaza, précise le ministère. Ce ministère, qui fait partie du gouvernement dirigé par le Hamas, tient des registres détaillés des victimes, généralement considérés comme fiables par les agences de l’ONU et les experts indépendants.
L’armée israélienne a pour sa part fait état de 3 soldats tués, depuis la même date.
Selon l’ONG de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF), les forces israéliennes ont tué au moins 29 journalistes palestiniens dans la bande de Gaza entre décembre 2024 et décembre 2025. Et depuis le début de la guerre, déclenchée par l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le bilan est de plus de 220 journalistes tués par Israël, faisant du territoire palestinien l’endroit de loin le plus meurtrier du monde pour la presse sur cette période, affirme RSF. Le 25 août, notamment, des frappes israéliennes sur un hôpital du sud de la bande de Gaza avaient coûté la vie à 5 journalistes palestiniens, dont une collaboratrice de l’agence de presse américaine Associated Press.




