Dix ans après, les événements de 2016 continuent de hanter ceux qui les ont vécus. Gildas-Amour Ngomba Ngomba, membre de l’association Réconciliation, réclame notamment l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les responsabilités. « Ce n’est pas un événement qui s’est fini le 31 août. Jusqu’à aujourd’hui, il continue. Nous sommes pourchassés, parfois jusque dans nos rêves, par ces morts », témoigne-t-il. « Aujourd’hui, nous demandons la vérité, donc à travers une enquête parce que pour faire sortir la vérité, il faut enquêter. »
Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a entrouvert la porte à une prise en charge des blessés de 2016, mais demeure prudent sur le sujet. Lui-même était en poste à l’étranger au moment des faits, mais de nombreux cadres sécuritaires aujourd’hui encore en fonction occupaient déjà des responsabilités à l’époque.
Pour le député Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, qui était porte-parole de la campagne de Jean Ping en 2016, cette situation crée une certaine gêne. Selon lui, les putschistes de 2023 auraient honte de ne pas avoir protégé les populations huit ans plus tôt. « Je pense qu’en 2023, les forces de défense et de sécurité ont fait ce qu’elles auraient dû faire en 2016. Elles n’ont pas envie qu’on en parle, mais ça, c’est normal et ce n’est peut-être pas ça le plus grave. Mais je pense qu’au niveau de la classe politique ou de l’opinion, on n’a pas envie de les accabler. Il peut être plus compliqué pour notre pays de vouloir à tout prix rouvrir ce dossier pour le moment. »
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« Pour guérir de ses blessures, il faut que les langues se délient »
D’autres poussent au contraire à un examen de conscience. « Il y a des acteurs passifs, il y a des acteurs actifs, il y en a qui sont là, il y en a qui ne sont plus là, il y en a qui détiennent au moins la vérité sur ce dossier. Qui est le donneur d’ordre ? Qui est l’exécutant ? Ce sont des questions qu’on doit se poser », estime le sénateur Marc Ona Essangui. « Pour guérir de ses blessures, il faut absolument que les langues se délient », poursuit le sénateur.
Les principaux responsables de l’époque ne souhaitent pas aujourd’hui évoquer le sujet. Alain-Claude Bilie-By-Nze, alors porte-parole du gouvernement, avait toutefois défendu l’idée d’une Commission vérité, justice et réconciliation lors de sa campagne présidentielle l’an dernier.
Pour Gildas-Amour Ngomba Ngomba, faire la lumière sur 2016 doit aussi permettre d’éviter que de telles violences ne se reproduisent : « Si on continue à cautionner cela, on est en train de préparer encore la mémoire collective à revivre ce même type d’événement lors des prochaines échéances électorales qui pointent à l’horizon. »
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