- La technologie nous facilite la vie mais peut nous infantiliser
- Des études montrent que l’IA pourrait nuire au développement de notre mémoire et esprit critique.
- Kathryn Jezer-Morton suggère d’adopter le « friction maxxing » afin de limiter son usage pour retrouver des plaisirs simples.
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L’intelligence artificielle, cette technologie qui bouleverse nos vies
Vous devez vous rendre quelque part, vous utilisez un GPS. Vous avez une question, vous demandez à ChatGPT, vous avez la flemme de cuisiner, vous commandez via Uber Eats. Aujourd’hui, les tâches qui nous demandaient du temps (à savoir décoder une carte routière ou préparer un bœuf bourguignon), se réalisent en une fraction de seconde. Il suffit d’ouvrir une application. Dans le média The Cut
, la journaliste Kathryn Jezer-Morton parle d’une culture du « tout-en-un ».
Certes, c’est facile, rapide, efficace (parfois), mais c’est problématique à plusieurs égards. D’une part, elle estime que cet accès à tout en un instant est infantilisant, mais surtout, cela prive de toute satisfaction. S’il est facile de rédiger une lettre de motivation ou une dissertation avec l’IA… Où est la satisfaction d’avoir accompli quelque chose ? D’utiliser ses ressources ? Le sentiment du travail bien fait, même s’il s’agit simplement de faire cuire des pâtes. Pour revenir à l’essentiel, la journaliste préconise de moins recourir à la technologie et plus à ses mains et ses neurones. Elle appelle ça « la saison du friction maxxing
« . L’objectif ? Éviter d’utiliser une IA ou une application à la moindre « friction » ou « désagrément ». Plutôt qu’ouvrir le GPS, ne pas hésiter à demander son chemin. Envoyer ses enfants faire des petites courses (et leur apprendre la frustration, par la même occasion), lire un livre plutôt que de demander un résumé fait par une IA pour faire semblant de briller en société sans avoir lu une ligne. Pour Kathryn Jezer-Morton, « chacun de ces actes peut paraître insignifiant, mais c’est notre seule défense contre les aspirations destructrices de ces nouveaux outils
« .
L’IA nous rend-elle plus bêtes ou plus intelligents ?
Si la technologie nous aide sur plusieurs plans, elle est devenue une béquille dont il est très difficile de se détacher. Sommes-nous capables aujourd’hui de retenir un numéro de téléphone ? Comment trouve-t-on son chemin sans GPS ? Avons-nous encore le réflexe d’ouvrir un dictionnaire pour vérifier l’orthographe d’un mot ou d’aller chercher une réponse à une interrogation sans ouvrir une IA ?
Le MIT (nouvelle fenêtre)s’est posé la question de savoir si les outils comme ChatGPT, Gemini ou autres nous rendaient plus intelligents, ou au contraire, plus idiots. Pour cela, une équipe de neuroscientifiques a étudié les copies de plusieurs étudiants. Un groupe travaillait avec ChatGPT, un autre sans. Sans surprise, les étudiants qui avaient travaillé avec l’IA étaient incapables de citer leur propre travail tandis que les autres qui avaient fourni plus d’efforts ont gardé des traces de leur rédaction. En résumé, les étudiants assistés par l’IA n’avaient pas intégré leurs connaissances dans la mémoire. C’est ce que les scientifiques appellent le « délestage cognitif ».
Sur le long terme, l’usage excessif pourrait freiner le développement des réseaux neuronaux. Ce qui nous rendrait moins performants, car cette « dette cognitive » impacterait nos compétences en matière de planification, d’esprit critique, de langage, de mémoire et d’attention.




