La Chine condamne fermement la mort du Guide suprême iranien et les frappes américano-israéliennes, qu’elle qualifie de violation grave de la souveraineté de l’Iran et des principes fondamentaux du droit international, rapporte notre correspondante à Pékin, Cléa Broadhurst. Pékin a réitéré lundi 2 mars son appel à un cessez-le-feu immédiat et à la reprise des négociations. Mais derrière cette condamnation diplomatique, c’est surtout l’onde de choc économique, énergétique et stratégique du conflit qui inquiète la deuxième puissance mondiale.
Au téléphone avec son homologue russe, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a condamné un « meurtre flagrant d’un dirigeant souverain » et averti que le Moyen-Orient risquait d’être entraîné dans « un abîme dangereux ». Une position conforme à la doctrine diplomatique chinoise : rejet des interventions militaires unilatérales, défense de la souveraineté des États et priorité affichée au dialogue. Le ministère chinois des Affaires étrangères a de plus annoncé la mort d’un citoyen chinois à Téhéran.
Principal acheteur du pétrole iranien
Mais au-delà des principes, les intérêts chinois sont directement exposés. La Chine est aujourd’hui le principal acheteur du pétrole iranien, un approvisionnement crucial pour son industrie et ses raffineries indépendantes. Or, près de 20 % du pétrole mondial passe par le détroit d’Ormuz. Sa paralysie partielle suffit déjà à faire grimper les prix et à accroître les coûts d’importation de Pékin. Une rupture durable des exportations iraniennes, qui représentent environ 1,6 million de barils par jour, obligerait la Chine à se tourner vers d’autres fournisseurs, souvent plus chers et plus instables.
La crise complique aussi l’agenda diplomatique de Xi Jinping, dans un contexte de rivalité persistante avec Washington. Il s’agit de préserver un équilibre délicat qui consiste à protéger ses intérêts sans confrontation directe avec Washington. Car la puissance chinoise dépend profondément de la stabilité du Moyen-Orient. Une stabilité qu’elle ne contrôle pas.
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La Russie ne peut plus protéger son allié
Le président russe Vladimir Poutine a dû se contenter quant à lui d’adresser une lettre de condoléances au président iranien Massoud Pezeshkian, relève notre correspondant à Moscou, Jean-Didier Revoin. Un message dans lequel le président russe a qualifié l’attaque israélo-américaine d’acte de violation cynique de la morale et du droit international. Vladimir Poutine a encore déploré la perte d’un homme d’État exceptionnel, soulignant qu’Ali Khameneï avait contribué de manière inestimable au développement des relations amicales russo-iraniennes, les élevant au rang de partenariat stratégique global.
Mouammar Khadafi, Bachar el-Assad, Nicolas Maduro et aujourd’hui Ali Khameneï : autant d’alliés de la Russie que Moscou n’a pas été en mesure de protéger en dépit des liens étroits qui les unissaient. Force est de constater qu’en raison des efforts déployés dans le cadre de la guerre en Ukraine, Moscou n’a pas été en mesure d’empêcher les raids qui se multiplient sur l’Iran depuis le 28 février, ni d’apporter un soutien tangible à son allié iranien.
Certes, le chef de la diplomatie russe a multiplié les entretiens pour réclamer un cessez-le-feu immédiat et mettre en place une solution diplomatique. Il s’est entretenu avec ses homologues chinois et émirati pour condamner une agression non provoquée contre l’Iran et une violation flagrante du droit international qui déstabilise toute la région. Mais cela ne suffira vraisemblablement pas à faire taire les canons, réduisant Moscou à attendre que la situation se décante pour voir dans quelle mesure la Russie pourra conserver un lien privilégié avec l’Iran.
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