Une grève générale inédite qui « témoigne du malaise » de toute une population

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Ce jeudi, veille de l’avant-dernier week-end des vacances scolaires, seul un train sur cinq a circulé dans le pays. Une grève SNCF de plus en France ? Non, cette fois, c’est outre-Manche que cela se passe et c’est beaucoup plus exceptionnel que chez nous. Le Royaume-Uni connaît en effet son plus important mouvement de grève depuis des décennies. Vendredi, l’ensemble du réseau de transport de Londres sera quasi paralysé, tandis qu’un autre jour de grève des trains est prévu samedi. Dimanche, les dockers du port de Felixstowe (est de l’Angleterre) entameront une grève de huit jours.

Ils devraient être suivis par les postiers, les employés de l’opérateur télécoms BT, les manutentionnaires d’Amazon, les éboueurs et même les avocats pénalistes. Après l’été, le mouvement pourrait se propager aux fonctionnaires de l’enseignement ou encore de la santé. En cause : une crise majeure du pouvoir d’achat. « Ces derniers mois, les employés du secteur public n’ont été augmentés que de 4 %, alors que l’inflation, a dépassé les 10 %. Ça n’avait jamais été aussi élevé depuis 40 ans », explique à 20 Minutes Sarah Pickard, maîtresse de conférences en civilisation britannique contemporaine à la Sorbonne Nouvelle.

« Les gens ont peur »

Cette grève générale entamée par les cheminots, loin de créer de l’animosité, suscite plutôt la compassion, puisque c’est finalement toute une population qui se retrouve dans le même bateau. Ce « sont des gens comme moi, nous essayons tous de gagner notre vie et de nous débrouiller. J’ai toute la sympathie du monde pour eux », lance ainsi un voyageur en gare de Leeds, au nord de l’Angleterre, à un journaliste de l’AFP sur place.

L’inflation touche particulièrement le secteur de l’énergie qui est complètement privatisé et dont les prix ont bien plus augmenté qu’en France, mais également l’alimentation. « Les populations modestes et aussi les classes moyennes sont touchées. Et ça va empirer cet hiver pour entrer dans une crise durable », prédit Sarah Pickard, alors que la Banque anglaise estime que l’inflation dans le pays va dépasser les 13 % en octobre. « Les gens ont peur et les syndicats témoignent d’un malaise que l’on n’avait pas connu depuis longtemps. »

Le parcours du combattant des grévistes anglais

Quelque chose que les Britanniques n’avaient pas connu depuis longtemps non plus, c’est une grève générale. « La dernière grève nationale massive date de 2011 », rappelle Sarah Pickard, par ailleurs autrice de l’ouvrage Civilisation britannique. Écoles, hôpitaux et services municipaux avaient alors tourné au ralenti afin de manifester leur mécontentement face à la réforme des retraites. On est loin des manifs parisiennes, mais il faut dire qu’au Royaume-Uni, on ne fait pas grève aussi souvent qu’en France. D’abord parce que « ça n’est pas culturel » et ensuite parce que « Margaret Thatcher a fait adopter une loi pour que cela soit particulièrement difficile de faire grève et que loin d’avoir été supprimée depuis, cette loi a été renforcée par le gouvernement, actuel », souligne l’experte.

Les grèves spontanées sont complètement interdites, il faut d’abord déposer un préavis de vote, puis organiser un vote des syndicats tout en « sachant que la voix des absents est considérée comme un vote contre ». Malgré ce chemin de croix, les syndicats sont parvenus à organiser ce qui apparaît comme le plus gros mouvement de grève du rail depuis 1989, la fin des années Thatcher. Reste à savoir si cette grève provoquera des négociations.

Le mouvement pourrait « se poursuivre indéfiniment »

Le secrétaire général du syndicat RMT, Mick Lynch a prévenu que faute d’accord salarial, le mouvement pourrait « se poursuivre indéfiniment » et même s’étendre à « chaque secteur de l’économie ». Pour Sarah Pickard, les syndicats ont les moyens de faire pression sur le gouvernement, car avec le Brexit, « le pays manque de main-d’œuvre ». Certaines grèves ont déjà été évitées suite à des offres de rémunération jugées satisfaisantes, notamment dans une entreprise de ravitaillement en carburant à l’aéroport d’Heathrow ou parmi le personnel au sol de British Airways.

L’issue de cette crise dépendra aussi beaucoup de l’élection du futur Premier ministre. Mais entre Rishi Sunak et  Liz Truss « tous deux très à droite et assez déconnectés du peuple », il n’est pas sûr que les syndicats obtiennent satisfaction, selon Sarah Pickard. « D’ailleurs, les deux souhaitent faire tout simplement interdire les grèves dans les services publics essentiels ». Le ton est donné.

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