Un an après le chaos, la Guadeloupe fracturée

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Deux barrages se sont de nouveau dressés fin octobre à Sainte-Rose, bloquant l’invivable circulation quotidienne qui asphyxie cette commune de Guadeloupe. Dans le bruit continu des véhicules, en ce 3 novembre chaud et humide, entre les coups de klaxon de ceux qui le saluent au passage, Ludovic Tolassy, 41 ans, raconte. « En 2021, il y avait une vingtaine de barrages ici. Tout le monde est sorti pour exprimer son mécontentement. La vie chère, l’eau, l’obligation vaccinale… il était difficile de définir l’objet de ces manifestations, mais c’était une expression populaire. »

Longue barbe noire et yeux pétillants, l’enfant de Sainte-Rose, un ancien policier révoqué dans l’Hexagone, a pris sa part dans les événements violents qui ont secoué l’île durant trois semaines, en novembre et décembre 2021. Il parle au nom de Moun Gwadloup, un mouvement composite, antisystème. Sans craindre d’user de violence, sa vingtaine de militants interpelle les élus locaux et l’Etat sur le scandale de l’eau, dont sont privés en permanence plus de 10 % des 370 000 habitants du département depuis des années.

Une réunion de Moun Gwadloup au Bar Eleven, au Gosier (Guadeloupe), le 9 novembre 2022.
Ludovic Tolassy un des fondateurs de l’organisation Moun Gwadloup, à Sainte-Rose (Guadeloupe), le 7 novembre 2022.

A coups de vidéos diffusées sur Facebook Live, « Moun » – « les gens », en créole – a acquis une large audience. « On avait l’impression que tout le monde s’habituait à l’inacceptable, on nous a remerciés d’agir. » Un an après, le quadragénaire, dont l’entreprise de nettoyage travaille pour une municipalité proche, assure : « Sortir de la crise par le chaos, c’est ce qu’on veut éviter. Il faut avancer concrètement sur les besoins de base des gens, les services publics, l’eau potable. »

Les explications : Article réservé à nos abonnés La Guadeloupe s’embrase sur fond de crise sanitaire

Le 16 novembre 2021, le pont de la Gabarre, qui relie Grande-Terre et Basse-Terre en passant sur le détroit de la Rivière Salée, est bloqué. Aux Abymes, les pompiers de la caserne Perrin montent le premier gros barrage contre l’obligation vaccinale anti-Covid des soignants. Dans les jours suivants, des centaines de barricades paralysent tout le territoire. Le puissant syndicat Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) y déploie ses émissaires. Depuis la grève générale contre la vie chère qu’il avait animée en 2009 avec le collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP), il n’y avait rien eu d’aussi mobilisateur que cette « privation de liberté », imposée par l’obligation vaccinale. « En 2009, un accord avait été signé avec l’Etat sur l’insertion des jeunes, le transport, le développement agricole, l’encadrement des prix de première nécessité, l’eau… il n’a jamais été mis en œuvre », rappelle aussi ©

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