Rupture sur la forme mais continuité sur le fond : comment le Front national est devenu le Rassemblement national

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Il n’y aura pas de droit d’inventaire. Ni d’examen critique du passé du Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN) depuis 2018. Pour fêter le 50e anniversaire de la création du FN, qui a lieu mercredi 5 octobre, le parti d’extrême droite a fait les choses en petit : un colloque est organisé à l’Assemblée nationale, le lendemain, pour lister ses différents « apports dans le débat politique français ».

Pas question de revenir sur les sujets qui fâchent, ni les personnes : les deux cofondateurs encore en vie, Alain Robert et Jean-Marie Le Pen, ne sont pas conviés. Pas question, non plus, de faire le bilan des années du « Menhir », quarante ans pendant lesquels un groupuscule fondé par des néofascistes est devenu l’un des principaux partis politiques français malgré les provocations racistes, antisémites et négationnistes de son principal dirigeant. Pas question, enfin, d’analyser les différentes mues du mouvement, tour à tour réactionnaire et conservateur, pro-américain puis pro-russe, reaganien puis protectionniste, abhorrant 1789 puis se réclamant de la République… Les revirements idéologiques de Marine Le Pen ces dix dernières années – le plus spectaculaire étant celui sur la sortie de l’euro et de l’Union européenne – ne seront pas davantage au programme.

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Désormais, Marine Le Pen joue la carte de la force tranquille : nul besoin de parler trop fort. Il faut laisser venir les choses. La situation lui est favorable. Son score à la présidentielle et une gauche inaudible ont renforcé son statut de première opposante à un exécutif affaibli par sa majorité relative à l’Assemblée nationale.

A l’horizon, un congrès se tiendra le 5 novembre, à l’issue duquel, pour la première fois de son histoire, le chef du mouvement ne sera pas un Le Pen. Une libération pour elle. Celui qui lui succédera – Jordan Bardella ou Louis Aliot – laissera à la députée du Pas-de-Calais le loisir de rester au Palais-Bourbon, nouveau lieu de pouvoir du RN : 89 élus, deux vice-présidences, une place à la délégation du renseignement, vingt-cinq présidences de groupes d’amitiés. Jamais, dans l’histoire française, une formation d’extrême droite n’aura autant pesé dans les institutions républicaines.

« La ligne de la droite nationale, populaire et sociale est tenue »

Le choix de cette célébration discrète, les thèmes comme les absents, tout cela révèle l’ambiguïté qu’entretient Marine Le Pen avec le passé de son parti.

Rupture dans la forme mais continuité sur le fond. La députée martèle que le RN n’est pas le FN, que le parti a évolué, a retiré sa « tunique de Belzébuth » tissée par les sorties racistes et antisémites de son père. Dans le même temps, elle revendique un corpus inchangé dans ses grandes lignes, notamment en ce qui concerne la lutte contre l’immigration, contre le mondialisme et la défense d’une certaine idée de la France et de sa grandeur présumée perdue. Certaines obsessions ont disparu, reflet d’un changement d’époque : l’anticommunisme, la défense de la famille traditionnelle, la lutte contre l’avortement ou le rétablissement de la peine de mort.

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