Réforme des retraites : pour les femmes, des mesures à double tranchant

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« La réforme [des retraites], c’est deux ans ferme pour tout le monde et c’est encore pire pour les femmes », s’est insurgée, lundi 23 janvier, Béatrice Clicq, secrétaire confédérale Force ouvrière (FO), interrogée par Franceinfo. Une inégalité dénoncée par les autres syndicats et les partis politiques de gauche.

Selon l’étude d’impact du projet de loi présenté lundi par le gouvernement, consultée par Le Monde, la réforme aura des effets contrastés sur les femmes. D’un côté, elle va pousser les femmes à prolonger un peu plus leur activité que les hommes. De l’autre, elles devraient, finalement, y gagner davantage que les hommes. « Prise dans [son] ensemble », la réforme « contribu[e] à réduire les écarts de pensions entre les [genres] », assure l’exécutif.

Reprenons. Le texte prévoit le report progressif de l’âge légal de départ à partir du 1er septembre : il sera fixé à 63 ans et trois mois en 2027, puis à 64 ans en 2030, contre 62 ans actuellement. Cette mesure sera couplée à une accélération de l’allongement de la durée de cotisation prévu par la loi Touraine de 2014 : il faudra avoir travaillé quarante-trois ans dès la génération née en 1965, et non plus en 1973, pour être éligible à une pension à taux plein.

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Dans l’ensemble, l’âge moyen de départ à la retraite devrait passer d’un peu moins de 63 ans aujourd’hui à 64 ans et demi pour les futurs retraités qui partiront dans une vingtaine d’années, d’après l’étude d’impact. Sans la réforme, l’âge moyen de départ aurait été de 64 ans, selon le même document. Les Français devraient donc travailler six mois de plus en moyenne. Cependant, ce chiffre masque de fortes disparités. S’agissant de la génération née dans les années 1980, les hommes travailleront en moyenne quatre mois supplémentaires contre huit mois de plus pour les femmes.

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Résorption des inégalités à très longue échéance

« Les femmes, pour atteindre leur durée de cotisation, utilisent notamment des trimestres validés par enfant », a rappelé le ministre chargé des relations avec le Parlement, Franck Riester, lundi soir sur Public Sénat. En effet, « en tant que mère, quatre trimestres supplémentaires vous sont accordés pour chaque enfant, pour compenser les effets sur votre retraite du congé de maternité pendant lequel vous ne cotisez plus à la retraite », peut-on lire sur le site Service-public.fr. « Si votre enfant est né avant 2010, quatre trimestres supplémentaires vous sont accordés [par] enfant en contrepartie de son éducation. » « Evidemment, si vous reportez l’âge légal, elles sont un peu pénalisées. On n’en disconvient absolument pas », a reconnu M. Riester. Concrètement, les femmes ayant acquis suffisamment de trimestres au titre de la maternité pour partir à 62 ou 63 ans devront malgré tout continuer de travailler jusqu’à 64 ans.

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La première ministre, Elisabeth Borne, a tenté mardi d’éteindre l’incendie allumé par M. Riester. « Nous protégeons les femmes qui ont des carrières incomplètes et hachées, les femmes qui ont commencé à travailler tôt, les femmes qui ont des petites pensions », a-t-elle réagi, vivement interpellée à l’Assemblée nationale sur ce sujet. « La réforme contribuera à réduire l’écart de pensions entre les hommes et les femmes », a-t-elle martelé.

C’est aussi la contrepartie mise en avant dans le document gouvernemental : puisque la réforme va pousser les femmes à allonger davantage leur carrière que les hommes, cela va contribuer à « réduire les écarts de pensions » entre les genres. Les retraites des femmes sont aujourd’hui 40 % en dessous de celles des hommes, une différence réduite à 28 % avec les pensions de réversion (une part de la retraite d’un conjoint décédé perçue par sa veuve).

Le ministre du travail, Olivier Dussopt, a ainsi souligné lors du compte rendu du conseil des ministres que « la pension moyenne des femmes sera revalorisée de 2,2 % » à terme, contre 0,9 % pour celle des hommes. La hausse est de + 1 % pour les femmes de la génération 1966, et de + 0,2 % pour les hommes de la même génération. L’étude du gouvernement prévoit toutefois une résorption des inégalités à très longue échéance :

« Le rapport entre le montant moyen des pensions (…) des femmes retraitées et des hommes retraités (…) devrait s’établir à 83 % en 2035 et 93 % en 2070. (…) Les écarts de pension moyenne entre les femmes et les hommes restent ainsi significatifs pour les générations qui liquideront leur pension au cours de la prochaine décennie. »

Les femmes pâtissent de carrières hachées

Cette « amélioration nettement plus marquée », que le gouvernement ne manque pas de mettre en avant, s’explique aussi parce que les femmes « bénéficient davantage de la mesure de revalorisation du minimum de pension » – censée augmenter à hauteur de 85 % du smic net pour une carrière complète (soit près de 1 200 euros brut par mois, à court terme).

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De fait, les femmes sont largement surreprésentées parmi les pensionnés modestes : « 52 % des (…) retraitées perçoivent ainsi une pension mensuelle inférieure à 1 000 euros, contre 20 % des hommes », pointe l’étude d’impact. Cela vient en partie du fait qu’elles sont bien plus nombreuses à avoir eu des carrières hachées. Ce sont très majoritairement les femmes qui suspendent temporairement leur carrière, voire qui l’interrompent, lors de l’arrivée d’enfants au sein du ménage. « Les femmes sont en outre plus nombreuses à travailler à temps partiel, et ont des rémunérations inférieures en moyenne à celle des hommes », ajoute l’étude du gouvernement. Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), dont les chiffres les plus récents ne prennent en compte que le secteur privé, les femmes gagnent en moyenne 16,8 % de moins que les hommes en équivalent temps plein, c’est-à-dire pour un même volume de travail.

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Sur les quelque 1,8 million de retraités actuels qui bénéficieront de la revalorisation du minimum de pension, 60 % sont des femmes, selon l’exécutif : celles-ci verront leur pension augmenter de 6,7 % en moyenne, soit 760 euros en plus par an, contre 5,1 % (540 euros) pour les hommes. Selon l’étude d’impact du gouvernement, la hausse profitera également davantage aux futures retraitées qu’à leurs homologues masculins : 30 % des femmes en bénéficieront pour une hausse de 460 euros en moyenne par an, contre 17 % des hommes, soit une hausse de 300 euros.

Le Monde avec AFP

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