quand la généalogie génétique révolutionne les enquêtes

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FRANCE 5 – DIMANCHE 15 MAI À 20 H 55 – DOCUMENTAIRE

Mélange de généalogie, de big data et de séquençage de l’ADN, la généalogie génétique a permis à six enquêteurs américains d’arrêter, en quatre mois et demi seulement, un tueur en série, Joseph DeAngelo, qui était recherché en vain par la police californienne depuis quatre décennies : une première, réalisée le 24 avril 2018. Depuis, aux Etats-Unis, un « cold case » est résolu chaque semaine grâce à cette technique, qui est en passe de révolutionner les enquêtes criminelles, de façon tellement spectaculaire que la formule peut paraître magique.

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Aussi la réalisatrice Gabrielle Dréan a-t-elle mené ses propres investigations, des deux côtés de l’Atlantique. Elle livre ses conclusions dans un documentaire scénarisé comme un polar et particulièrement captivant dans sa première moitié, consacrée à l’émergence de la généalogie génétique.

Bluff, hasard, suspense… Tous les ingrédients sont présents dans le récit de Paul Holes, l’officier et ancien scientifique qui a consacré sa carrière à l’affaire du « Golden Gate Killer ». Il revient sur les treize meurtres, atroces, sur le mode opératoire du tueur et violeur, sur l’échec aussi de ses investigations, qui virent à l’obsession. Jusqu’à ce qu’il rencontre par hasard, CeCe Moore, ex-actrice passionnée de généalogie, autodidacte et future star de la généalogie génétique. Elle lui donne une idée.

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A quatre mois de la retraite, Paul Hole envoie par la poste un échantillon d’ADN récolté sur une des scènes de crime et encore intact dans un des kits alors en vogue. Et là bingo : des membres de la famille du suspect sont identifiés. Il ne reste plus à la police qu’à effectuer une enquête « classique ».

Atteinte aux libertés

Mais bien sûr, il y a un « mais ». Si, aux Etats-Unis, les données génétiques sont recensées dans des fichiers, y compris, pour ceux qui le souhaitent, si vous n’avez pas commis de délit
– après une recherche en paternité par exemple –, en France, seul l’ADN des auteurs d’infractions est enregistré dans le fichier national des empreintes génétiques (FNEG), créé en 1998 et qui répertorie 3,5 millions de profils ; et la généalogie génétique est interdite, au grand dam des familles de victimes.

Deux affaires font un peu exception. Celle de « la petite martyre de l’autoroute A10 » (en août 1987) résolue grâce à l’ADN, mais par hasard, en 2018. Et l’affaire Elodie Kulik, violée et assassinée dans la Somme, résolue en 2017 grâce à un vide juridique. Forte de ces exemples, Corinne Hermann, spécialiste des « affaires non élucidées » françaises, veut changer le regard des juges et des enquêteurs sur la généalogie génétique, et « normer » cette technique.

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Face à elle, la peur de l’atteinte aux libertés reste bien implantée en France. Le documentaire se focalise dès lors sur les dangers potentiels des fichiers génétiques dans une seconde partie plus convenue. Excepté lorsqu’elle dévie sur les « portraits génétiques », portraits-robots réalisés par certains organismes privés à partir d’échantillons d’ADN, et qui ont notamment séduit les autorités de Hongkong. Celles-ci ont ainsi autorisé l’affichage dans le métro de « portraits génétiques » de personnes ayant jeté des déchets ou un mégot par terre. « On a tous les éléments pour mettre en place un régime totalitaire », commente Elizabeth Vasquez, directrice de recherche pour le projet Science et surveillance à New York.

ADN, la fin du crime ?, documentaire de Gabrielle Dréan et Jérémy Frey (Fr., 2022, 73 min). Diffusé sur France 5.

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