Offensive contre les jets privés: Clément Beaune isolé

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Chargé des Transports, le représentant de l’aile gauche a été recadré par son ministre de tutelle, Christophe Béchu.

Après un été marqué par la sécheresse et les incendies, le gouvernement se cherche une ligne écologiste. Ce qui ne manque pas de provoquer des remous en son sein. Ainsi, Clément Beaune – le ministre délégué chargé des Transports – a été recadré mardi par son ministre de tutelle après avoir proposé d’encadrer les vols en jet privé. « L’écologie, ce n’est pas le buzz », a répondu le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu. « On peut parler des jets, des yachts, des piscines, des greens de golf. Ça frappe l’opinion, vous pouvez être certain que vous aurez des reprises sur les bandeaux roulants des chaînes d’information en continu », a-t-il tancé mardi sur BFMTV. S’il admet « qu’en termes de sobriété et de lutte contre le gaspillage on a des enjeux qui sont considérables », il juge préférable d’imaginer un « plan d’adaptation dans lequel on ne pointe pas du doigt un comportement à un moment mais dans lequel, globalement, c’est la totalité de la société qui se met en marche ». Le ministre, qui est par ailleurs le bras droit d’Édouard Philippe dans son parti Horizons, « ne nie pas l’intérêt qu’il peut y avoir pour quelques petits gestes » mais il met en garde contre le risque de « dresser les Français les uns contre les autres ».

Clément Beaune a pris de court l’exécutif en réclamant, dimanche, à ceux qui « polluent le plus d’agir aussi ». Il a évoqué une régulation au niveau européen des jets privés pour « changer les comportements et fixer des règles ». Une proposition qui arrive au moment où des internautes et des écologistes pointent du doigt l’impact environnemental de l’aviation privée. Julien Bayou, le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts a d’ailleurs devancé Clément Beaune en allant plus loin, évoquant une proposition de loi pour « bannir » les jets. « C’était un petit piège. Clément Beaune n’était pas obligé de tomber dedans », critique-t-on au sommet de l’État. D’autant que la première ministre – qui est aussi chargée de la Planification écologique – doit fixer en début de semaine prochaine le cap qu’elle entend suivre. « Il est sorti de façon isolée sur ce sujet, qui n’est que la face visible de l’iceberg » des enjeux écologistes, ajoute-t-on en haut lieu.

Une initiative« populiste »

Un conseiller de l’exécutif, qui critique une initiative « populiste », s’interroge également : « Courir après EELV et la Nupes. Dans le contexte actuel, est-ce opportun ? »

Sur France Inter, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a rappelé que dans « la grande majorité des cas » les jets privés, « sont des transports commerciaux ». « On envoie des équipes sur place avec une réactivité qui est importante, c’est créateur d’emplois, donc il ne s’agit évidemment pas d’interdire cela », a-t-il dit après avoir concédé que « le jet a valeur de symbole », et qu’une « concertation peut avoir son sens » même si « cela ne va pas refroidir la planète ».

Pour Clément Beaune, qui souhaite persévérer et présenter à Élisabeth Borne des propositions concrètes sur le sujet, il s’agit aussi d’asseoir l’aile gauche de la majorité. Il est soutenu par plusieurs parlementaires macronistes, dont Sacha Houlié. Mais aussi… le député LR Julien Dive, qui a dit sur Europe 1 préférer la régulation à l’interdiction. Avec l’écho qu’il a rencontré ces derniers jours, le ministre délégué chargé des Transports a ainsi réussi à supplanter Christophe Béchu, critiqué pour sa discrétion tout au long de l’été. « Il creuse son sillon. Il a voulu faire un coup », analyse un macroniste qui n’est pas dupe de ses intentions.


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