Nouvelle-Calédonie : Le malaise de l’industrie du nickel pèse sur l’avenir institutionnel du territoire

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Au pied de la « vieille dame », surnom de l’usine métallurgique qui, depuis cent ans, transforme le minerai de nickel à l’entrée de Nouméa, les visages des dizaines de salariés mobilisés depuis l’aube de ce lundi matin sont fermés. Celle qu’ils attendent n’est autre que Christel Bories, la PDG d’Eramet, actionnaire principal de la Société Le Nickel (SLN), premier employeur privé de Nouvelle-Calédonie.

A son arrivée à l’usine, Christel Bories, venue présider un conseil d’administration, jeudi 24 novembre, n’a pu que confirmer l’enjeu de sa visite aux syndicats : « Moi aussi, je suis inquiète, je suis venue voir quelles sont les solutions et elles sont urgentes, car la situation est grave », a-t-elle déclaré lors d’une rencontre informelle avec les salariés.

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Attendu le 28 novembre à Nouméa pour une série de discussions sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, le ministre de l’intérieur et des outre-mer, Gérald Darmanin, devra se pencher sur l’épineux dossier, vital pour l’économie du territoire. Vendredi, l’entreprise a en effet annoncé avoir demandé son placement sous mandat ad hoc, afin de renégocier ses dettes avec ses créanciers. Pour la onzième année consécutive, la SLN va terminer dans le rouge, avec une production de moins de 40 000 tonnes et des exportations de minerai brut inférieures de moitié à ses capacités. Les caisses sont vides, et la dernière tranche d’un prêt de 530 millions d’euros, dont 200 millions accordés par l’Etat, contracté en 2016, a été débloquée en septembre pour faire face au manque de trésorerie.

Pas de « boom du nickel »

L’échec est patent. Or, le secteur de la mine et de la métallurgie fait vivre quinze mille personnes dans l’archipel de deux cent soixante-dix mille habitants. Alors que la Nouvelle-Calédonie, surendettée depuis la crise liée au Covid-19, fait maintenant face à la crise énergétique, une défaillance de l’un des trois industriels entraînerait de facto la faillite de la Cafat, l’organisme local de sécurité sociale, qui se retrouverait dans l’incapacité de payer les prestations sociales.

Aucune usine métallurgique ne profite de la ruée actuelle vers le nickel, extrêmement convoité depuis qu’il entre dans la production des batteries de voiture électriques. Cinquième producteur mondial, la Nouvelle-Calédonie est, contrairement à l’Indonésie, par exemple, loin de connaître un nouveau « boom du nickel », comme on appelle sur le territoire l’âge d’or des années 1960, lorsque la fièvre de l’acier faisait affluer travailleurs et investisseurs sur le Caillou.

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