« Ne pas avoir mis de garde-fous pour empêcher le RN de voter la motion de censure de la Nupes fut une erreur »

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Le 24 octobre, après que la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) avait déposé une motion de censure contre le gouvernement d’Elisabeth Borne, Jean-Luc Mélenchon se félicitait, sur Twitter, de cette démonstration de force : « Il manquait 50 voix pour éjecter le gouvernement. » Il passait alors sous silence le fait majeur de ce nouvel échec politique : le soutien unanime des députés du Rassemblement national (RN). Ainsi, la motion de censure de la Nupes – qui a récolté 239 voix – a dû compter sur le renfort de poids des députés d’extrême droite, puisqu’ils représentaient à eux seuls plus d’un tiers de ces suffrages (37 %).

Le leader de La France insoumise (LFI) et ses proches revendiquent depuis de « prendre [avec eux] tous ceux qui voudront rejoindre » les motions de censure à venir, dénonçant les « oppositions d’opérette » qui ne suivraient pas cette ligne, selon une stratégie d’intimidation dont ils sont coutumiers. Pourtant, comment se féliciter d’un tel résultat et soutenir une telle stratégie lorsque l’on est viscéralement de gauche et engagé depuis toujours dans le combat politique contre l’extrême droite ?

Car le positionnement face à l’extrême droite est redevenu l’une des questions politiques les plus brûlantes du moment. Dans plusieurs pays de l’Union européenne, les partis xénophobes, autoritaires, antiféministes et antihomosexuels gouvernent et mettent en œuvre leur agenda réactionnaire. Le reste du monde n’est pas épargné, comme en témoignent les Etats-Unis et le Brésil – où le duel entre Jair Bolsonaro et Luiz Inacio Lula da Silva a finalement tourné à l’avantage de ce dernier.

Des opinions ordinaires

En France, à la faveur d’une stratégie de dédiabolisation, récemment mise à mal par les propos racistes tenus par le député (RN) de Gironde Grégoire de Fournas, le 3 novembre, à l’Assemblée nationale, l’extrême droite s’est progressivement imposée, dans les médias puis dans les scrutins, comme un courant politique majeur, à tel point que les fantasmes nauséabonds et dangereux, tel que celui du « grand remplacement » ou de la confusion entre immigration, islam et insécurité, peuvent aujourd’hui être exprimés comme des opinions ordinaires et contaminer jusqu’à la droite traditionnelle.

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Ce risque réel de voir l’extrême droite arriver au pouvoir en France impose à la gauche la plus grande clarté. Toute son histoire, depuis la fin du XIXe siècle, est traversée de ces moments où, nonobstant son combat pour davantage d’égalité, elle a dû défendre les fondamentaux de la démocratie libérale. C’est Jean Jaurès qui, contre la rhétorique antibourgeoise du socialiste Jules Guesde, défend Dreyfus face à l’extrême droite. C’est Léon Blum qui, contre la logique classe contre classe du Parti communiste des années 1920 et, après les manifestations antiparlementaires du 6 février 1934, défend la République en danger.

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