Migrants secourus en Méditerranée : Rome assigne un port sûr au navire « Humanity 1 », deux autres navires restent au large des côtes italiennes

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L’Italie a annoncé, vendredi 4 novembre, avoir assigné un port sûr à un navire de l’ONG allemande SOS Humanity pour vérifier l’état de santé des 179 migrants qu’il a secourus en mer Méditerranée, a annoncé le ministre des affaires étrangères italien, Antonio Tajani. Le navire Humanity 1 se dirigeait dans la soirée vers le port sicilien de Catane.

Dès qu’il sera arrivé dans ce port, des médecins vérifieront l’état de santé des personnes à bord. Le navire « pourra rester dans nos eaux territoriales le temps nécessaire pour que nous examinions toutes les urgences à bord », a fait savoir M. Tajani, qui a assuré que l’Italie accepterait les personnes « mineures », les « femmes enceintes ou avec de jeunes enfants » ainsi que les personnes malades. Mais « toutes les personnes qui ne remplissent pas ces critères devront être reconduites hors de nos eaux territoriales par le navire », a-t-il prévenu.

Trois navires transportant des migrants secourus en Méditerranée se trouvent actuellement au large de l’Italie depuis plus d’une semaine et attendent l’autorisation du nouveau gouvernement d’extrême droite pour accoster. Jusqu’à présent, toutes leurs demandes avaient été rejetées. Aux 179 personnes secourues par le Humanity 1, s’ajoutent 234 rescapés secourus par l’Ocean Viking et 572 migrants secourus par le Geo Barents, tous deux sous pavillon norvégien. Ce qui représente 985 personnes au total.

« Depuis onze jours, les 234 rescapés secourus par l’Ocean Viking sont bloqués sur le pont du bateau. Depuis onze jours, ils attendent de pouvoir débarquer dans un port sûr » : jeudi, à l’Assemblée nationale, le député « insoumis » Carlos Martens Bilongo avait interpellé le gouvernement sur la question des migrants secourus en Méditerranée.

Il avait ajouté : « Je ne peux que partager l’inquiétude de ces migrants, à l’heure où la nouvelle première ministre italienne s’est engagée à bloquer l’arrivée des immigrants en provenance d’Afrique (…). Les personnes secourues se trouvent dans une situation d’urgence absolue, et les prévisions météo indiquent une détérioration significative du climat… » Il avait été interrompu par une invective à teneur raciste du député RN Grégoire de Fournas, entraînant une interruption de séance d’une ampleur quasi inédite.

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« Les provisions commencent à manquer »

SOS Méditerranée a demandé jeudi de l’aide à la France, à l’Espagne et à la Grèce, Malte et l’Italie n’ayant pas répondu aux demandes d’accostage. L’ONG dit redouter « un vent fort, de hautes vagues et une baisse de température d’ici à la fin de la semaine » et ajoute que « les provisions commencent à manquer » à bord. « Les passagers secourus sont calmes, même si certains commencent à montrer des signes de mal de mer », expliquait vendredi un photographe présent à bord, ajoutant : « Il pleut, et la pluie devrait redoubler dans la soirée. »

Depuis son premier sauvetage, le 22 octobre, SOS Méditerranée a sollicité, comme à son habitude et conformément au droit maritime, les autorités de la zone de recherches, Libye et Malte, sans obtenir de réponse, a expliqué la directrice et cofondatrice de l’ONG, Sophie Beau. Elle a ensuite demandé de l’aide à Rome, mais la récente arrivée au pouvoir de l’extrême droite ne laissait que peu d’espoir d’en obtenir l’aval.

SOS Méditerranée s’est alors tournée vers les autorités maritimes de la France, de l’Espagne et de la Grèce. « Nous sommes confrontés à une urgence absolue, et toute journée d’attente supplémentaire pourrait avoir de graves conséquences », a mis en garde Sophie Beau. « Le blocus actuel en mer de 985 personnes est illégal et inhumain », a-t-elle dit.

De son côté, l’équipage du Geo Barents peine à prendre soin des 572 migrants présents à son bord, dont une soixantaine de mineurs non accompagnés, des femmes enceintes, ainsi que des personnes âgées. Beaucoup dorment à même le sol, et les provisions s’amenuisent.

Jeudi, l’Allemagne avait envoyé une note diplomatique à l’Italie, demandant « au gouvernement italien d’apporter rapidement son aide » au vu de l’urgence humanitaire.

A Paris, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a dit ne pas douter « un seul instant que l’Italie respecter[ait] le droit international » et accueillerait l’Ocean Viking. « Le droit international est très clair : quand un bateau demande à accoster avec des naufragés à bord, c’est le port le plus sûr et le plus proche qui doit l’accueillir, en l’occurrence l’Italie », a-t-il déclaré vendredi sur BFM-TV. « Mais nous avons dit à nos amis Italiens, avec nos amis Allemands, que nous sommes prêts à prendre bien évidemment une partie des femmes et des enfants, comme nous l’avons fait précédemment », afin que l’Italie ne porte pas seule « le fardeau de cette arrivée », a ajouté M. Darmanin.

Jean-Christophe Combe, son collègue des solidarités, a quant à lui assuré sur Franceinfo que « la France [était] prête à accueillir » les 234 migrants « comme [le ferait] n’importe quel pays ». Il s’agit, selon lui, d’une « question d’humanité ». « Il faut qu’un port en Europe ou en France puisse les accueillir, qu’on puisse les soigner (…). On ne va pas les laisser mourir au milieu de la Méditerranée, on ne va pas les laisser dériver », a-t-il affirmé.

Depuis le début de l’année, 1 765 migrants ont disparu en Méditerranée, dont 1 287 en Méditerranée centrale, la route migratoire la plus dangereuse au monde, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

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Le Monde avec AFP et Reuters

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