L’IVG et l’interdiction de la corrida seront débattus dans le cadre de la niche parlementaire LFI, mais pas le smic ou les « Uber Files »

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Faute de temps pour débattre, La France insoumise (LFI) se retrouve contrainte de choisir ses combats. Les députés LFI ont décidé de retirer les deux premiers textes qui figuraient à l’agenda de leur journée réservée jeudi à l’Assemblée nationale.

Le premier débat initialement prévu était une demande de commission d’enquête sur les « Uber Files » et le rôle d’Emmanuel Macron dans l’implantation d’Uber en France ; le second proposait la hausse du smic à 1 600 euros net, un marqueur fort pour les Insoumis. Leur retrait fait remonter la proposition d’inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution à la première place des textes de leur « niche parlementaire », journée permettant à un groupe minoritaire de fixer l’ordre du jour à l’Assemblée nationale.

Il ouvre également la possibilité de commencer l’examen du texte suivant, celui proposant l’interdiction totale de la corrida en France, qui déchaîne les passions et divise les différents groupes politiques.

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« On pouvait débattre du smic, vous préférez la tauromachie »

La « niche » doit s’achever quoi qu’il arrive à minuit et avec les centaines d’amendements déposés par leurs adversaires politiques sur ces différents textes, le groupe LFI craignait de ne pas pouvoir mener à son terme l’examen de la proposition de loi constitutionnelle sur le droit à l’IVG. Or il s’agit de celui qui a le plus de chance d’être adopté, une majorité de députés y étant favorables, malgré les fortes réticences de la droite et de l’extrême droite.

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Le texte sur le smic, qui faisait l’objet de plus de cent amendements, n’avait lui aucune chance d’être adopté, même si LFI souhaitait pouvoir en débattre dans l’hémicycle. Le choix des propositions de loi à sauver a d’ailleurs provoqué quelques crispations en interne, les mélenchonistes étant partagés entre l’envie de profiter d’une tribune pour marteler leurs mesures sociales et la possibilité de faire adopter des textes sociétaux à forte visibilité médiatique.

« Je sais bien que je n’allais pas gagner, mais je trouvais ça pas mal comme discussion. Ça m’intéresserait par exemple de savoir pourquoi le RN refuse d’augmenter le smic », a tenté de défendre l’auteur du texte sur le smic, l’élu « insoumis » de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière.

A l’ouverture des discussions, jeudi, le choix de prioriser le débat sur la corrida contre celui sur l’augmentation du smic a été souligné dans les rangs de la droite et de l’extrême droite. « On avait l’occasion de débattre du smic, vous préférez la tauromachie », a raillé le député Les Républicains (LR) Marc Le Fur. « Les pauvres, le pouvoir d’achat, tout ça en réalité, c’était un centre d’intérêt bien relatif pour les collègues de LFI », a critiqué l’élu Rassemblement national (RN) Sébastien Chenu.

Le débat sur la corrida ira-t-il à son terme ?

Pour finir, c’est donc l’interdiction de la corrida qui s’est imposée. Mais entre un ordre du jour serré et l’obstruction parlementaire dénoncée par LFI, ce débat n’est même pas certain d’aller à son terme. Malgré son article unique, le texte contre la corrida est bardé de plus de cinq cents amendements, surtout venus d’élus, RN et Renaissance, de régions taurines.

« Si ce texte n’est pas voté ou examiné, ce serait une honte pour la représentation nationale », a fustigé par avance le député de Paris Aymeric Caron, dont la proposition de loi a été rejetée une première fois en commission le 16 novembre. Mais « le combat » contre la corrida « continuera dès le lendemain » avec une autre initiative « qui intéressera les Français », a promis l’ancien journaliste.

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Deux cent dix-huit élus « de sensibilités et territoires différents », dont l’ex-ministre macroniste Christophe Castaner et le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, ont signé une tribune pour la corrida et contre « l’écototalitarisme ». Mais dans les différents camps politiques, le sujet embarrasse, et la liberté de vote est de mise. Côté gauche, LFI et écologistes soutiennent l’interdiction, comme une majorité de Français selon les sondages. Le Parti socialiste est partagé et les communistes plutôt contre l’interdiction, à l’image du patron du PCF, Fabien Roussel, qui y voit un « beau débat sur le rapport entre l’homme et l’animal », mais « ne votera pas l’interdiction ». S’il y a un vote.

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Le Monde avec AFP

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