les oppositions vent debout après les propos de Macron sur la «fin de l’abondance»

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Emmanuel Macron lors de sa prise de parole pour le Conseil des ministres de rentrée, le 24 août 2022 à l’Élysée. AFP

Alors que le gouvernement effectuait sa rentrée ce mercredi, le président de la République a prévenu que les dérèglements climatiques et la guerre en Ukraine sont «de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement.»

C’est un fait assez rare pour qu’il soit souligné. Les propos préliminaires du président de la République en ce Conseil des ministres de rentrée, mercredi matin, étaient filmés et diffusés en direct sur les chaînes d’informations en continu. L’occasion pour Emmanuel Macron, après quelques semaines de vacances, d’adopter un ton grave. Voire alarmiste. Face aux dérèglements climatiques que la France a connus cet été, – notamment la succession d’incendies sur l’ensemble du territoire – , et face à une guerre en Ukraine qui dure depuis six mois jour pour jour, le chef de l’État a voulu rappeler ses ministres à l’ordre. Tout en envoyant un message aux Français… comme aux oppositions.

«Le moment que nous vivons peut sembler être structuré par une série de crises graves», a commencé par expliquer Emmanuel Macron. Selon lui, «ce que nous sommes en train de vivre est plutôt de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement». Avant d’analyser que «nous vivons depuis plusieurs années la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance» de «liquidités sans coût», «de produits», «de technologies qui nous semblaient perpétuellement disponibles», de «terre ou de matière» ou même d’«eau». À ce constat assez sombre, le président y ajoute «la fin des évidences» et «la fin de l’insouciance» liées à la guerre qui continue de faire rage aux portes de l’Europe. Une prise de parole censée marquer l’opinion et faire réagir. Ce que n’ont pas manqué de faire les oppositions. Dont la gauche et son principal leader, Jean-Luc Mélenchon.

Depuis Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), le patron de La France Insoumise considère qu’«Emmanuel Macron ne se rend pas compte à quel point ça peut être blessant pour les gens». «Il ne se rend pas compte parce que pour ces amis, l’abondance, ça continue, il ne veut pas qu’on taxe les profiteurs de crise. Des gens qui ont accumulé des millions, et des millions et des millions sur le dos de la crise Covid, de l’inflation. Donc, pour eux, l’abondance continue», ajoute l’ancien candidat à l’Élysée. Même si Jean-Luc Mélenchon se montre sournoisement indulgent : «Je ne peux pas lui en vouloir (à Emmanuel Macron, NDLR) parce que je pense qu’il n’y a jamais rien compris (à l’écologie). Il utilise des mots dont il ne mesure pas la signification. Il n’y a jamais eu de l’abondance Monsieur Macron, il y a toujours eu de l’irresponsabilité.» «C’est un message décalé. Quand on parle de fin de l’abondance, je pense aux millions de chômeurs, aux millions de précaires», a, pour sa part, réagi le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez.

«Quatre millions de mal logés, huit millions de Français à l’aide alimentaire… Abondance, pour qui ? Et dans tous les cas, s’agissant du Climat, le commentaire et le blabla ne remplacent pas les actes. La France est en retard, et creuse le retard, là est l’évidence», a raillé sur Twitter le Secrétaire national d’EELV Julien Bayou. Invitée de BFMTV, la députée de Paris Sandrine Rousseau pense, quant à elle, que le président demande «toujours des sacrifices aux plus faibles». «Pour l’instant, ce ne sont que des mots. On a un président de la République qui, depuis des années, discourt sur le dérèglement climatique (…). mais n’agit pas», a également martelé l’ancien leader écologiste à la présidentielle Yannick Jadot sur la même chaîne. Du côté du Parti socialiste, c’est le sénateur David Assouline qui tance le chef de l’État quant à son «abondance de déconnexion». «Il préside un pays asphyxié, une majorité de citoyens qui se serrent la ceinture comme jamais alors que les grandes entreprises font des milliards de bénéfices. Et sa majorité vote contre le Smic à 1500€ et contre la taxation des super profits», lance-t-il.

«Un président qui conduit notre pays dans le mur»

Quelques instants après la prise de parole de l’hôte de l’Élysée, la droite et le RN ont également saisi la balle au bond. Le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, par ailleurs prétendant à la présidence du parti de la droite, a qualifié cette dernière d’«indécente». «Il n’y a qu’une “insouciance” en France c’est celle d’un président qui conduit notre pays dans le mur en refusant le courage de la réforme et en privilégiant la dépense illimitée», ajoute l’élu du Sud. «Aucun dirigeant dans le monde n’a cru en l’abondance éternelle des liquidités, de l’énergie, des ressources naturelles. Sauf en France. Depuis 10 ans, Hollande et Macron ont la responsabilité directe de notre dépendance : l’abandon du nucléaire et le recours massif à la dette», pointe également du doigt le patron des députés LR à l’Assemblée Olivier Marleix.

Quant à la droite nationaliste, de façon un peu surprenante, peu de personnalités du RN ont réagi. Parmi ces derniers, le maire de Perpignan Louis Aliot. «L’inversion des valeurs à la prison de Fresnes ou la soumission du voyage en Algérie ne doivent tromper personne. Un hiver économique s’annonce, la faillite de nos gouvernants est bien là», espère celui qui se présente pour prendre la succession de Marine Le Pen face à Jordan Bardella lors d’un congrès du parti qui se tiendra en novembre prochain.

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