Les mégabassines, symbole d’un agrobusiness intenable ou réponse adaptée aux sécheresses ?

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La polémique sur les retenues d’eau à usage agricole est montée d’un cran après les manifestations à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, marquées par des heurts, samedi 29 octobre. « No bassaran ! » : avec ce slogan, le collectif Pas une bassine de plus ! réclame un moratoire. Environ 600 000 plans d’eau de toutes tailles constellent la métropole, bien que leur nombre exact reste inconnu. Essentiellement aménagés par les humains, beaucoup sont inutilisés, oubliés même. Toutefois, dans le contexte du changement climatique, des centaines de nouvelles grandes retenues sont en préparation pour l’irrigation. Certaines sont aménagées dans un certain consensus, d’autres volontairement endommagées comme en Vendée en août, plusieurs sont illégales, par exemple à Caussade, dans le Tarn-et-Garonne. Tour d’horizon des questions posées par leur développement.

« Mégabassine » ou « réserve de substitution ». Pour ses détracteurs, le modèle de réservoir prôné dans le Poitou est le symbole d’un agrobusiness intenable à l’ère du changement climatique. Pour ses promoteurs, il constitue au contraire une réponse adaptée aux sécheresses qui ne vont pas manquer de se multiplier, réduisant les rendements et laissant les agriculteurs démunis. Il se compose d’un bassin artificiel, excavé, rendu étanche par une membrane en plastique et entouré de digues. Celui de Sainte-Soline est le plus important des seize qui doivent équiper d’ici à 2025 le bassin de la Sèvre Niortaise-Marais poitevin – essentiellement situé dans le département des Deux-Sèvres. Il sera bordé de murs de 8 mètres de haut pour un volume total de 720 000 mètres cubes et une capacité officielle de 628 000 mètres cubes, et s’étendra sur 10,2 hectares. A raison d’un débit de 615 mètres cubes par heure, en provenance de sept forages ; il faudra une quarantaine de jours pour le remplir.

En effet, à la différence d’une retenue collinaire, qui récupère les précipitations ruisselant sur le sol, d’un barrage sur une rivière ou d’une dérivation partielle d’un cours d’eau, les grandes bassines sont remplies quasi exclusivement en puisant dans les nappes souterraines, en complétant éventuellement par le puisage de rivières. Des dispositifs de pompage fonctionnent en continu pendant des mois pour les remplir. Dans les Deux-Sèvres, les gestionnaires des réservoirs agricoles ont l’autorisation de pomper du 1er novembre au 31 mars, hors de la saison estivale.

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Le principe du stockage. Il consiste à thésauriser la ressource en la prélevant l’hiver, afin de réduire les volumes soustraits à l’environnement pendant la période chaude, où elle manque le plus. Il apparaît a priori vertueux. L’eau qui tombe en excès en hiver est perdue, et file directement à la mer : tel est en substance l’argumentaire des défenseurs de ce principe, au premier rang desquels figure la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles. La mettre de côté reviendrait à l’emprunter avant de la rendre au milieu. Mais les volumes consommés ne reviennent pas forcément là où ils ont été prélevés. Selon une étude rendue publique par le ministère de la transition écologique en juin, la ressource en eau renouvelable a diminué en France de 14 % depuis 1990.

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