« Les jeunes activistes ont remis à l’ordre du jour la sensibilité environnementale, ce n’est pas rien »

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Daniel Boy est directeur de recherche émérite au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Spécialisé dans la sociologie électorale et l’écologie politique, il observe l’évolution de l’opinion sur ces sujets.

Assiste-t-on à une multiplication des actions écologistes ou sont-elles plus médiatisées ?

Oui, il y a aujourd’hui une myriade d’actions, c’est indéniable. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Les historiens de l’environnement, comme François Jarrige, Jean-Baptiste Fressoz ou encore Christophe Bonneuil, ont montré qu’il y a eu des manifestations en France dès le début de l’ère industrielle au XIXsiècle, par exemple contre des gazomètres, de grands réservoirs à gaz qui fuyaient. Ensuite, il y a eu des actions contre des sujets précis, comme les OGM avec José Bové, ou contre des grands projets inutiles comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou, récemment, les mégabassines. Il s’agit souvent d’enjeux locaux à forte résonance avec l’organisation d’une zone à défendre. Aujourd’hui, la cause est beaucoup plus globale, car elle concerne le réchauffement climatique et ses conséquences.

Cela change-t-il la conflictualité ?

Quand on manifeste contre la réforme des retraites par exemple, les opposants savent exactement ce qu’ils demandent, par exemple le retrait de la mesure. Contre le réchauffement climatique, l’enjeu est très important. Il s’agit d’alerter de façon légitime sur le fait que l’on n’est pas sur de bons rails. Mais, lors de certaines actions, les revendications ne sont pas forcément précises. Pour ceux qui jettent de la soupe sur les tableaux, les gouvernements ne font rien, alors qu’eux voudraient tout faire en même temps. Du coup, cette opposition ne peut pas avoir de fin. Il n’y a pas de terrain d’entente possible si l’opposition reste aussi générale. Sur des choses plus précises, comme la rénovation thermique, on peut avoir un débat sur le montant : 12 milliards ou 2 milliards d’euros ?

Est-ce le signe d’une radicalisation de la jeunesse ou d’un gouvernement qui n’en fait pas assez ?

Un peu des deux, il y a une radicalisation d’une partie de la jeunesse confrontée à une écoanxiété très forte et compréhensible. Il y a des catastrophes environnementales indéniables, et l’avenir peut être effrayant. Les jeunes radicaux qui jettent de la soupe veulent dire que les gouvernants sacralisent plus la culture que le climat. Mais ce message est complexe, il peut apparaître comme déconnecté alors que dégonfler les pneus des SUV est limpide. En s’attaquant à un tableau pour choquer, on prend le risque de s’aliéner la masse des gens qui sont maintenant conscientisés sur la gravité du réchauffement. C’est tout le débat politique autour de ces actions. Pour les gouvernements, il est difficile de donner du sens à un ensemble de petites mesures à prendre. Les dirigeants peuvent apparaître comme trop timorés.

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