« Le sentiment de déclassement des classes moyennes a toutes les chances de s’aggraver sans une révolution fiscale et sociale »

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Aucune statistique ne peut définir à elle seule la « classe moyenne ». Pour autant, une manière simple de suivre son évolution dans le temps est de s’intéresser au groupe de la population compris entre les 50 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches. Il existe, bien entendu, des critères plus fins (diplôme, profession, capital relationnel…) qui recoupent au moins en partie la délimitation retenue ici.

La classe moyenne fait véritablement son apparition au XXe siècle, grâce la forte croissance des salaires des professions intermédiaires, dans un contexte de déclin du rendement du capital des classes aisées sous l’effet des chocs des deux guerres mondiales, mais aussi et surtout des politiques sociales des années 1930 et 1950. Au début du XXe siècle, les 40 % du milieu de l’échelle des revenus ne possédaient en France que 15 % du patrimoine total, les 10 % du haut tout le reste (actifs financiers, immobilier, entreprises, terres…). Alors que le patrimoine des 50 % les plus pauvres a plafonné à moins de 5 % du total, celui de la classe moyenne progresse à partir de 1910 pour atteindre 25 % dans l’immédiat après-guerre et croît encore pendant les « trente glorieuses » pour atteindre environ 40 % au début des années 1980.

La situation s’est retournée depuis quarante ans : le patrimoine et les salaires de la classe moyenne ont crû moins rapidement que ceux des plus aisés. Par exemple, le salaire d’entrée des professeurs de collège avoisinait 2,2 fois le salaire minimum en 1980, contre seulement 1,2 aujourd’hui. Sur la même période, la part du patrimoine de la classe moyenne est redescendue à 35 % du total en France, au profit des 10 % du haut.

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Le patrimoine des classes moyennes est constitué, typiquement, d’un bien immobilier complété par de l’épargne voire du patrimoine professionnel (petit commerce), le tout à hauteur de 220 000 euros en moyenne par adulte, net de dettes. Les 10 % du haut possèdent, en plus de biens immobiliers, un capital financier très important (actions, titres, etc.). Du fait de cette appétence de la classe moyenne pour l’immobilier, la flambée des prix des logements a contribué à contenir son déclin relatif, mais les jeunes générations issues des classes moyennes et populaires ont en revanche des difficultés très grandes à accéder à la propriété.

« Sandwich » au goût amer

Mais le patrimoine historique de la classe moyenne, c’est aussi le service public. La démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur lui a largement bénéficié, tout comme les grands programmes de construction de logements – directement, ou indirectement en détendant le marché immobilier. En retour, les 40 % du milieu de la distribution reversent 50 % à 55 % de leurs revenus en taxes et en cotisations sociales. Ce taux est plus élevé pour les classes moyennes que pour les classes aisées, ce qui est contraire au principe de progressivité fiscale. La récente baisse des impôts sur le patrimoine financier et ses revenus n’a fait que renforcer ce phénomène, et vient compliquer le consentement à l’impôt.

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