L’accueil de l’« Ocean-Viking » ouvre une « nouvelle brèche », juge Gérard Collomb

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En accueillant l’Ocean-Viking, on a ouvert « une nouvelle brèche », déplore Gérard Collomb dans un entretien accordé au Point, publié dimanche, dans lequel il explique pour la première fois que ses divergences avec le chef de l’Etat au sujet des « problèmes migratoires » sont à l’origine de sa démission, en 2018.

« (…) Je veux alerter sur les enjeux fondamentaux qui sont à l’œuvre dans l’affaire de l’Ocean-Viking. C’est déjà ce qui m’avait poussé à la démission du ministère de l’intérieur, en 2018, même si je n’en ai pas parlé jusqu’à présent », dit d’emblée l’ancien ministre de l’intérieur, qui avait déjà parlé vendredi sur Twitter d’un « tournant de la politique d’immigration » française.

La France a accepté jeudi d’accueillir le navire humanitaire et ses 234 passagers secourus au large de la Libye, après vingt jours d’errance en mer et au terme d’un bras de fer avec l’Italie qui a donné lieu à une crise politique entre Rome et Paris.

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« Il y a quatre ans, rappelle M. Collomb, les problèmes migratoires étaient déjà extrêmement importants. La Commission européenne avait lancé l’idée de “centres contrôlés” pour accueillir les migrants. Peu après, les chefs d’Etat, réunis spécialement pour traiter les problèmes migratoires, reprennent ce projet, Emmanuel Macron s’y montrant l’un des plus favorables ». L’idée, poursuit-il, était de créer les centres en question en Tunisie, au Maroc et en Albanie, mais les trois pays s’y refusent.

« On ne pourra plus les faire repartir »

« Emmanuel Macron propose alors d’ouvrir un tel centre soit à Toulon, soit à Marseille, et il demande au préfet de l’époque, Pierre Dartout, d’y travailler. Je suis alors ministre de l’intérieur, et je suis à fond contre ce projet », dit l’ex-maire de Lyon. « Toutes mes équipes me démontrent, en effet, que compte tenu des législations françaises et européennes, si l’on accueille des migrants dans ce type de centre, on ne pourra pas les faire repartir. »

« Je refuse que l’on rentre dans cette spirale ; Emmanuel Macron insiste », révèle l’ancien cadre du Parti socialiste, qui s’est rallié au chef de file de la République en marche en 2017. Le 1er octobre 2018, il se rend à Marseille pour assister à une cérémonie en hommage à deux jeunes filles tuées un an auparavant par un Tunisien en situation irrégulière qui aurait dû être expulsé.

« Je pense alors : “Je ne veux plus que cela se reproduise.” Et si je laisse se réaliser l’installation de ce centre de contrôle, je me sentirai plus tard responsable des actes qui pourraient entraîner la mort de personnes. C’est pourquoi, deux jours plus tard, je décide de démissionner. »

« Appel d’air »

« Si j’avais dit cela à l’époque, j’aurais gravement nui à Emmanuel Macron. Si je m’étais exprimé avant la présidentielle, mon intervention aurait pu inverser le résultat de cette élection, et Marine Le Pen être élue. C’est pourquoi je me suis tu », précise Gérard Collomb.

Pour justifier sa démission, le ministre de l’intérieur avait expliqué vouloir briguer à nouveau la Mairie de Lyon lors des municipales de 2020 à la tête d’une liste LRM-MoDem-UDI, qui n’arrivera qu’en troisième position.

« En accueillant maintenant l’Ocean-Viking, on ouvre une nouvelle brèche, créant un précédent. Pour moi, cela ne peut qu’encourager les réseaux de passeurs pour qui les migrants sont une source de gains considérables (…) On peut être ému par tous ces cas individuellement, mais à ne s’en tenir qu’à une réaction de sensibilité, on renforce plus le problème qu’on ne le résout, en créant un appel d’air », juge-t-il, priant M. Macron de ne pas s’enfermer dans cette politique. « S’il continue, la prochaine fois ce ne seront plus des femmes et des hommes politiques modérés qui auront à gérer les problèmes d’immigration », évoquant l’exemple de la Suède, où l’extrême droite est devenue en septembre la deuxième force politique.

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Le Monde

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